La résurrection de la belle-mère

 10 min
01/02/2021

L’évangile se vit dans la tension entre le public et le privé, la guérison spectaculaire et le relèvement ordinaire. Explications du théologien Antoine Nouis.

7 février 2021 : Marc 1.29-39 – Le ministère de guérison

La résurrection de la belle-mère

Introduction

Après la guérison spectaculaire à la synagogue de Capharnaüm, Jésus est invité à déjeuner chez Pierre. Dans sa maison, il a accueilli sa belle-mère qui est prise d’une fièvre. Jésus lui prend la main et lui permet de se lever. L’évangile se vit dans la tension entre le public et le privé, la guérison spectaculaire et le relèvement ordinaire.

Points d’exégèse

Attention sur deux verbes.

La résurrection de la belle-mère

Lorsque Jésus prend la main de la belle-mère de Pierre, il la fit se lever. Le verbe (egeirô) est celui utilisé pour évoquer la résurrection. On pourrait traduire que Jésus ressuscite la belle-mère de Pierre. Non pas la grande résurrection qui se situe à la fin de l’évangile, mais une petite résurrection au cœur de la vie. En se laissant toucher par Jésus, la belle-mère découvre un nouveau sens à son existence, elle se lève et ressuscite pour servir Jésus.

La première diaconesse

Une fois relevée, elle se mit à les servir. Le verbe servir (diakoneô) a donné diaconie en français. Si Simon est le premier des apôtres, sa belle-mère est le premier diacre de l’Église. Régulièrement dans l’évangile de Marc, on dit qu’à Capharnaüm Jésus se retire dans la maison. C’était celle de Pierre ou Jésus trouvait du repos, servi par la belle-mère.

Une communauté a besoin d’apôtres pour vivre mais elle a aussi besoin d’hommes et de femmes qui sont suffisamment humbles pour accomplir des tâches plus modestes mais tout aussi importantes. La belle-mère de Pierre a assumé cette responsabilité avec toute la passion de sa résurrection.

Pistes d’actualisation

L’origine de la fièvre

D’où venait la fièvre de la belle-mère de Simon ? L’évangile ne le dit pas. La seule chose que nous savons est que son gendre a abandonné son métier de pêcheur pour suivre Jésus. On peut imaginer que cette nouvelle n’a pas été bien accueillie chez ses proches. Si mon gendre avait un métier et qu’il m’annonçait qu’il abandonnait tout pour suivre un prédicateur qui l’a appelé sur son lieu de travail, je serais furieux contre le prédicateur. On ne détourne pas un homme de ses responsabilités familiales ! En en plus, ce Jésus qui a détourné Pierre de ses responsabilités familiales, s’invite chez eux. Pour la belle-mère, c’est trop et une bonne fièvre exprime ce qu’elle ressent. Lorsque Jésus lui saisit la main, elle est touchée par l’autorité qu’il a manifestée dans son message à la synagogue et dans sa libération de l’homme possédé. Elle comprend alors son gendre, elle comprend qu’il est des causes qui méritent qu’on quitte tout pour la servir. Elle se lève et devient disciple à son tour

Le ministère de guérison de Jésus

La nouvelle de la guérison du démoniaque dans la synagogue de Capharnaüm s’est répandue dans la ville comme une traînée de poudre. Le soir on lui apporte tous les malades de la ville pour qu’il les guérisse. Jésus les guérit, mais le lendemain matin, il quitte la ville. Cette attitude souligne toute l’ambiguïté du ministère de guérison qu’on trouve dans les évangiles. D’un côté Jésus guérit car il est venu pour apporter le bien, d’un autre côté, il est gêné par son ministère de guérison car il ne veut pas être considéré comme un simple thaumaturge. Ses guérisons sont au service de la parole, alors que le plus souvent, les malades acceptent la guérison mais oublient la parole de conversion qui l’accompagne.

Jésus et le besoin de solitude

Nous sommes le soir de la première journée du ministère public de Jésus. Il est intervenu dans un lieu religieux, la synagogue, dans un lieu privé, la maison de Pierre, et dans les rues de la ville. Son autorité s’est manifestée et sa renommée s’est vite répandue. Jésus sait qu’il est menacé par la tentation du succès et le risque d’être idolâtré. Pour affronter cette tentation, il se retire tout seul dans la montagne. C’est dans le face à face avec son Seigneur qu’il va s’enraciner dans son ministère de service et lutter contre le risque de se laisser griser par son succès.

Une illustration : L’humble service de la belle-mère

Une fois guérie, la première chose que fait la belle-mère de pierre et de servir Jésus et ses disciples. Elle est le modèle de ces humbles servantes qui font que notre monde tient debout.

Dans le protestantisme, on connaît la geste héroïque des camisards, mais s’il y avait encore un protestantisme en France dans la deuxième moitié du 18e siècle, c’est aussi grâce aux pères et aux mères de famille qui le soir, à la veillée, ouvraient la Bible pour apprendre aux enfants ce qu’on ne leur avait pas dit au catéchisme du curé.

De nos jours, si notre société tient debout, c’est grâce à ceux qui vivent la solidarité au quotidien avec un voisin ou au sein d’une association.  La belle-mère de Pierre nous rappelle l’importance de qu’on a appelé la petite bonté.

Pour aller plus loin :
Les pasteurs Antoine Nouis et Florence Taubmann commentent le texte biblique de Marc 1, 29-39 : https://campusprotestant.com/video/dimanche-4-fevrier-guerisons-de-malades/

Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis

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