La multiplication des pains, une image de l’Église

Le récit de la multiplication des pains est celui qui est répété le plus grand nombre de fois dans le Nouveau Testament. Nous devons entendre qu’il nous dit quelque chose d’essentiel sur l’Évangile. Explications du théologien Antoine Nouis.

18.06.2022 : Luc 9.11-17 – La multiplication des pains

Une image de l’Église

Introduction

Le récit de la multiplication des pains est celui qui est répété le plus grand nombre de fois dans le Nouveau Testament puisqu’il est raconté à six reprises dans les 4 évangiles, deux fois chez Matthieu et Marc, une fois chez Luc et Jean. Il est celui qui a laissé la plus grosse impression dans le souvenir des disciples.

Nous devons entendre qu’il nous dit quelque chose d’essentiel sur l’Évangile.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Jésus se retire à l’écart

Nous devons commencer notre lecture au verset 10 qui est important pour le contexte. Jésus avait l’intention de se retirer à l’écart pour se retrouver avec ses disciples qui reviennent de mission, ils ont tant de choses à partager. Le mot écart (idios) signifie lui-même et il est précédé d’une préposition qui évoque un mouvement descendant (kata). Jésus est descendu en lui-même pour avoir un moment de partage avec ses disciples.

Dans un lieu désert

La foule a rejoint Jésus et ses disciples dans un lieu désert. Le désert est un des lieux où se féconde l’Évangile. C’est au désert qu’une autre foule était venue écouter Jean (Lc 3.2), c’est au désert qu’il avait refusé de transformer les pierres en pain (Lc 4.1), c’est au désert qu’il s’est retiré pour prier (Lc 4.42, 5.16), c’est au désert qu’il se prépare à poser le signe de la multiplication des pains.

Pistes d’actualisation

1er thème : Donnez-leur vous-mêmes à manger

Les disciples ont demandé à Jésus de renvoyer la foule pour qu’elle trouve du ravitaillement, ce dernier leur répond qu’ils sont responsables de ces hommes et ces femmes qui sont venus jusqu’à eux : Donnez-leur vous-mêmes à manger.

Depuis ce texte, on ne peut plus dire à un affamé : débrouille-toi pour trouver du ravitaillement. Un sage a dit que pour un affamé, sa faim était un problème matériel, mais que pour celui qui le voit, c’est un problème matériel.

Nous ne pouvons pas vivre comme si la faim de nos prochains ne nous concernait pas directement. Dans la parabole du jugement dernier, celui qui a faim est une figure du Christ : J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger (Mt 25.35).

2e thème : La prière de Jésus

Pour nourrir la foule, Jésus n’a transformé les pierres en pain, mais il a multiplié les pains qu’il avait. Dans sa prière, il n’a pas demandé que les pains et les poissons se multiplient, il a rendu grâce pour ce qu’il avait, même si ce qu’il avait était dérisoire face à la tâche à accomplir.

La succession des verbes : pendre les pains – lever les yeux au ciel – prononcer la bénédiction – le rompre – le donner aux disciples est la même que pour l’institution de la cène. Ce récit nous aide à comprendre ce que nous faisons dans nos eucharisties : Nous n’avons sur la table qu’un simple morceau de pain et une coupe de vin, mais par la foi nous pouvons comprendre que c’est une nourriture qui est au-delà de ce que nous pouvons voir et comprendre.

3e thème : La surabondance des restes

À quel moment le miracle a-t-il eu lieu ? Lorsque Jésus a béni les pains et les poissons, lorsqu’il les a donnés aux disciples, ou lorsque ces derniers les ont distribués à la foule ? Si l’évangile ne le dit pas, c’est que nous n’avons pas besoin de le savoir. Ce silence nous empêche de nous arrêter à la matérialité du miracle pour n’en retenir que le sens : quand nous avons trop peu devant une tâche trop grande, nous avons deux choses à faire : rendre grâce pour le peu que nous avons, et commencer.

Le vrai miracle est qu’il est resté douze corbeilles de restes, une par apôtre. Ils ont été les témoins de la vérité du verset qui dit : Donnez, et l’on vous donnera ; on versera dans la grande poche de votre vêtement une bonne mesure, serrée, secouée et débordante (Lc 6.38).

Une illustration

Un récit du Premier Testament qui préfigure la multiplication des pains et la multiplication de l’huile et de la farine chez la veuve de Sarepta. L’histoire est la suivante : à l’heure de la famine, le prophète Élie demande à une veuve de lui faire à manger. Elle a répondu qu’il ne lui restait qu’un peu d’huile et de farine, qu’elle allait faire une galette et qu’ensuite il ne leur resterait plus qu’à mourir. Le pot de farine ne s’est jamais épuisé et la cruche d’huile ne s’est jamais vidée. Le miracle du partage et de la générosité. C’est à chacun d’expérimenter que la générosité nous enrichit.

Pour aller plus loin :
Le pasteur et théologien Antoine Nouis reçoit Christine Pedotti, écrivain, journaliste et directrice de la rédaction de Témoignage chrétien, pour discuter Luc 9, 11-17. : https://campusprotestant.com/video/ce-quil-faut-retenir-du-miracle-de-la-multiplication-des-pains/

Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis

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