Aimer ses ennemis, est-ce possible ?

Le commandement d’aimer son ennemi est un oxymore, une contradiction dans les termes.
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24/01/2019 | Bible Les mots de la foi

Martin-Luther King a écrit : « Pour ma part, je suis heureux que Jésus n’ait pas dit : Ayez de la sympathie pour vos ennemis, parce qu’il y a des personnes pour lesquelles j’ai du mal à avoir de la sympathie… Mais Jésus me rappelle que l’amour est plus grand que la sympathie, que l’amour est une bonne volonté, compréhensive, créatrice, rédemptrice, envers tous les hommes. »

Dans l’évangile Jésus déclare : « Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu détesteras ton ennemi. Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. »

Le commandement qui appelle à aimer son ennemi apparaît comme un oxymore, c’est-à-dire une contradiction dans les termes. Par définition, celui que j’aime n’est pas mon ennemi et s’il est mon ennemi, je le combats plutôt que de l’aimer.

Pour sortir de cette contradiction, il faut revoir notre compréhension de l’amour. Face au commandement de l’évangile, Martin-Luther King a écrit : « Pour ma part, je suis heureux que Jésus n’ait pas dit : Ayez de la sympathie pour vos ennemis, parce qu’il y a des personnes pour lesquelles j’ai du mal à avoir de la sympathie. La sympathie est un sentiment d’affection et il m’est impossible d’avoir un sentiment d’affection pour quelqu’un qui bombarde mon foyer. Il m’est impossible d’avoir de la sympathie pour quelqu’un qui m’exploite. Non, aucune sympathie n’est possible envers quelqu’un qui jour et nuit menace de me tuer. Mais Jésus me rappelle que l’amour est plus grand que la sympathie, que l’amour est une bonne volonté, compréhensive, créatrice, rédemptrice, envers tous les hommes. »

À la suite de Martin-Luther King, nous entendons qu’aimer son ennemi, ce n’est pas approuver ce qu’il fait, ni le trouver sympathique malgré ce qu’il fait, mais le respecter… et même l’honorer.

Pour nous aider sur cette voie, le verset de l’évangile qui appelle à aimer nos ennemis est suivi par deux pistes pour vivre cet amour impossible.

Jésus déclare : Aimez vos ennemis et Priez pour ceux qui vous persécutent.

Si on ne peut pas aimer, on peut toujours prier pour son ennemi. C’est ce que Jésus a fait en croix lorsqu’il a dit à propos de ses bourreaux : Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. Il n’a pas dit : Je vous pardonne, parce que peut-être qu’il ne pouvait pardonner à ceux qui enfonçaient des clous dans ses membres. Mais il a prié pour eux et a demandé à Dieu de pardonner pour lui.

Si nous ne pouvons aimer notre ennemi, nous pouvons toujours dire à Dieu : « Aime-le, car pour l’instant, je n’en suis pas capable ». La prière pour l’ennemi nous conduit à changer le regard que nous portons sur lui. Quand on a prié pour quelqu’un, il est plus difficile de le haïr.

La deuxième piste que Jésus nous laisse est la suite du passage :

Aimez vos ennemis… alors vous serez fils de votre Père qui est dans les cieux, car il fait lever son soleil sur les mauvais et sur les bons.

Dans le Nouveau Testament, nous ne sommes pas invités à aimer notre prochain parce qu’on éprouve pour lui de la sympathie, mais parce qu’il est aimé de Dieu. Or Dieu fait lever son soleil sur nos amis et sur nos ennemis.

Le passage de l’évangile se termine par une remarque qui est désarmante de vérité : Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les pécheurs eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Si c’est pour aimer nos amis, nous n’avons pas besoin de l’évangile, tout le monde le fait. L’évangile nous appelle à faire un pas de plus, à résister à la contagion de la haine et à rompre l’enchaînement de la violence, pour rendre notre monde un peu plus hospitalier.

Pour terminer, un témoignage.

Dans un de ses livres, le Dalaï-Lama raconte que son médecin personnel a été emprisonné pendant dix-huit ans dans un camp de rééducation chinois. Il a connu le froid, la faim, et il a été torturé. Dans ces conditions inhumaines, il a témoigné que le combat qui mobilisait son énergie était de ne jamais perdre la compassion pour ses gardiens chinois. Il se répétait que ses tortionnaires étaient des dérangés mentaux qui avaient subi un lavage du cerveau et que la meilleure réponse à leur apporter était la compassion plutôt que la haine.

Production : Fondation Bersier
Texte : Antoine Nouis
Présentation : Gérard Rouzier

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