Aimez-vous les uns les autres

Dimanche dernier, nous avons entendu l’appel à demeurer en Christ pour porter du fruit, dans l’évangile de ce jour, les fruits de l’évangile est l’appel à s’aimer les uns les autres.
 8 min
03/05/2021 | Bible

09.05.2021 : Jean 15.9-17 – Aimez-vous

Aimez-vous les uns les autres

Introduction

Une singularité de l’évangile de Jean se trouve dans la deuxième moitié du chapitre 13 et dans les chapitres 14, 15 et 16 qui se présentent comme un résumé de son enseignement. Sous la forme d’un testament spirituel, Jésus expose à ses disciples une récapitulation de son évangile. Dimanche dernier, nous avons entendu l’appel à demeurer en Christ pour porter du fruit, dans l’évangile de ce jour, les fruits de l’évangile est l’appel à s’aimer les uns les autres.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Définition de l’agapé : se défaire de sa vie

L’amour, tout le monde est pour, mais le mot a plusieurs significations. Nous avons tous besoin d’être aimés, mais jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour aimer notre prochain ? Une première définition de l’amour est ce qui nous fait du bien : lorsque nous disons que nous aimons un bon vin, une belle musique ou faire la sieste, c’est parce que cela est agréable. Lorsque Jésus dit que personne n’a de plus grand amour que celui qui se défait de sa vie pour ses amis, il inverse la perspective : l’amour, ce n’est pas ce qui me fait du bien, mais ce qui fait du bien à mon prochain. Dans l’évangile, la définition de l’amour agapé est ce que je donne de ma vie pour aider mon prochain à grandir dans toutes les dimensions dans son existence.

La prédestination : être appelé pour aimer

Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis pour que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure. Se savoir choisi par le Christ est une libération. Ma foi ne dépend pas de mes actions ni de mes réussites, mais trouve son enracinement dans un appel qui ne vient pas de moi.

Ma responsabilité humaine n’est pas l’origine de la foi qui ne m’appartient pas, mais ma fidélité : que votre fruit demeure. Le combat de la foi est celui de la persévérance, de la résistance à l’usure de la grâce et à la dégradation de l’étonnement.

Pistes d’actualisation

1er thème : La racine de notre amour : celui du Christ de sa vie

Aimez-vous… comme je vous ai aimés. La particularité de l’amour auquel nous sommes appelés dans les évangiles est qu’il ne vient pas de nos propres forces, mais qu’il trouve sa source dans celui du Christ. Lorsque je n’arrive pas à aimer mon prochain, je suis invité à me ressourcer dans l’amour du Christ afin qu’il vienne alimenter mon propre amour.

La psychologie dit qu’un enfant ne peut s’épanouir s’il n’a été aimé inconditionnellement. Il en est de même de la foi qui ne peut se développer sainement si elle n’est pas enracinée dans l’amour inconditionnel du Christ.  Si je me sais inconditionnellement aimé, alors je n’ai plus rien à prouver, je n’ai plus à chercher l’approbation de mon existence dans le regard de mon prochain. Je suis libre et je peux aimer.

2e thème : Amitié de Dieu

Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître. Je vous ai appelés amis. Dimanche dernier, nous avons défini la foi comme une demeure et un attachement au cep, ici elle est exprimée en termes d’amitié : entrer dans l’amitié de Dieu. Un ami est quelqu’un à qui on ouvre son cœur, à qui on peut tout dire, avec qui on partage ce qui est au fond de sa personne.

Les chrétiens ont l’habitude de se reconnaître comme disciples du Christ, pourquoi ne se considèrent-ils pas plutôt comme amis du Christ ? Les quakers ont raison d’appeler leur mouvement la société des amis.

3e thème : Joie comme vertu spirituelle

Je vous ai parlé ainsi pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète. Le but de la foi chrétienne est une joie chrétienne. La joie devient la mesure de la foi, elle est le fruit de ce sentiment d’avoir trouvé en Christ la vraie demeure de son existence. Elle repose sur un sentiment de plénitude, sur la capacité de savourer le temps présent : poser un regard positif sur le prochain, accueillir ce qui advient, cultiver la gratitude face à ce qui est.

Nous comprenons pourquoi l’apôtre Paul a fait de cette vertu un commandement : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous. » (Ph 4.4)

Une illustration : les amis de Dieu

Dans le Premier Testament, deux hommes ont été appelés amis de Dieu. Le premier est Abraham qui est appela ainsi dans le livre d’Ésaïe (Es 41.8), cette tradition existe toujours dans le Nouveau Testament puisque nous l’épître de Jacques la rapporte (Jc 2.23). Le second est Moïse dont le texte dit qu’il parlait avec le Seigneur comme un homme parle à son ami (Ex 33.11).

La particularité d’Abraham et de Moïse est qu’ils ont contesté une décision de Dieu, Abraham lorsqu’il a défendu le sort de Sodome que le Seigneur voulait détruire, et Moïse lorsqu’il s’est opposé au projet de Dieu de faire mourir peuple après la chute du veau d’or pour en choisir un autre.

Un ami, c’est quelqu’un à qui on peut tout dire, quand on est d’accord et quand on n’est pas d’accord.

Pour aller plus loin :
Le théologien Antoine Nouis reçoit Florence Taubmann, pasteure, pour commenter le texte biblique de Jean 15, 1-8 : https://campusprotestant.com/video/dimanche-commandement-de-jesus/

Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis

 

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