Bartimée : l’aveugle intrépide

Sur la route de Jericho à Jérusalem, l’aveugle Bartimée saisit l’opportunité d’adresser à Jésus sa demande de guérison. Ce dernier l’invite premièrement à le suivre comme disciple avant de lui offrir la guérison physique. Analyse du théologien Antoine Nouis.
 9 min
18/10/2021 | Bible

24.10.2021 : Marc 10.46-52 – Guérison de Bartimée

L’aveugle intrépide

Introduction

Dans la montée vers Jérusalem, nous sommes dans la dernière étape avant l’arrivée dans la ville sainte où Jésus sera crucifié. Le premier verset dit qu’une foule importante l’accompagne, on la retrouvera dans la séquence suivante qui est le récit des Rameaux. Le problème de cette foule est qu’elle va se déliter jusqu’à crier « À mort ! » le vendredi suivant. Les différents textes que nous avons lus ces derniers dimanches montrent que les disciples ont été incapables d’intégrer le message de la croix, comme le montre leur attitude dans ce récit.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Titre : Bartimée

Le mot bar signifie fils en araméen et Timée vient peut-être du mot grec timê qui signifie honneur. Si cette étymologie est juste, Bartimée aurait eu un père ou un ancêtre qui a été honoré ; mais pour l’instant, ce n’est qu’un mendiant aveugle, assis au bord de la route.

Le dernier verset dit qu’il suit Jésus sur le chemin, autrement dit qu’il devient disciple. Si l’évangile donne son nom, c’est qu’il était peut-être un membre connu de la première Église.

Titre : Du mendiant au disciple

Lorsque Jésus entend le cri de Bartimée, il ne lui propose pas tout de suite la guérison, mais de devenir disciple : Appelez-le. Les apôtres poursuivent cette demande : Lève-toi, il t’appelle ! Ce qui est l’appel qui s’adresse tous les humains qui veulent être disciples.

Le texte dit que lorsque Bartimée s’est levé, il a jeté son vêtement. Dans la Bible, le vêtement est un symbole d’identité. Le grand mouvement de ce récit est la transformation d’un homme qui au début est assis, aveugle et mendiant pour devenir debout, voyant et marchant à la suite du Christ.

Pistes d’actualisation

1er thème : Les disciples stoïciens.

Lorsque Bartimée crie, les disciples essayent de le faire taire. Ils ne croient pas à la guérison. On imagine le discours bien pieux de ceux qu’ils ont dû tenir : « Tais-toi, tu vois bien que tu déranges le maître qui va à Jérusalem. Si tu es aveugle, c’est la volonté de Dieu, alors supporte ta situation. Dieu est avec toi dans ta maladie, alors ne dérange pas le maître. »

Ils sont dans une perspective stoïcienne qui est spiritualité de l’acceptation qui consiste à dire qu’on ne peut rien faire pour changer ce qui nous arrive et qu’il nous appartient de faire un travail sur nous-mêmes pour arriver à aimer ce qui nous arrive. Épictète disait : « Être libre, c’est vouloir que les choses arrivent, non comme il te plaît, mais comme elles arrivent. » Vouloir et aimer ce qui nous arrive.

2e thème : Bartimée et l’espérance chrétienne

Quand les disciples essayent de faire taire Bartimée, il crie d’autant plus fort. L’aveugle n’est pas dans une spiritualité de l’acceptation, mais de la protestation. Il s’inscrit dans la ligne de plusieurs récits de la Bible.

  • Le psalmiste (Jusqu’à quand, Seigneur, m’oublieras-tu sans cesse ? Jusqu’à quand te détourneras-tu de moi ? Ps 13.2)
  • Job (C’est Dieu que j’implore par mes larmes, puisse-t-il être l’arbitre en l’homme et Dieu ? Jb 16.20-21)
  • Les lamentations de Jérémie (Pourquoi nous oublieras-tu pour toujours, nous abandonnerais-tu pour la longueur des jours ? (Lm 5.20)
  • La veuve qui réclame la justice jusqu’à ce que le juge accepte, car elle lui casse les oreilles. (Lc 18.1-8)

Bartimée casse les oreilles des disciples jusqu’à ce que son cri parvienne à Jésus.

3e thème : Que je recouvre la vue !

Lorsque Bartimée se trouve devant Jésus, ce dernier lui demande ce qu’il veut, pourtant le cri de l’aveugle Aie pitié de moi était suffisamment éloquent. Par sa question, il permet au malade de formaliser sa demande : Que je recouvre la vue !, ce qui le rend acteur de sa guérison.

La réponse paraît évidente, mais trop souvent nous nous complaisons dans nos enfermements et nos maladies. Les médecins disent que beaucoup de patients ne désirent pas être guéris au fond d’eux-mêmes car leur maladie relève de l’identité du malade. Il faut souvent du courage pour sortir de ses enfermements, pour affronter le réel de la vie, pour guérir. Dire : Que je recouvre la vue, c’est vouloir changer alors que trop souvent nous nous complaisons dans nos enfermements, nos rancunes et nos cécités.

Une illustration

Une légende raconte que lorsque Moïse est arrivé au ciel, il a été accueilli avec une grande fête. Noé a protesté en disant que lui avait sauvé le monde, mais qu’il a été moins bien accueilli. Le Seigneur lui a répondu que lorsqu’il a annoncé le déluge, Noé s’est dépêché de construire son arche pour sauver sa famille alors que lorsqu’il a annoncé à Moïse qu’il voulait détruire le peuple, son serviteur a protesté et a prié pour le salut du peuple. Noé a été un juste ordinaire alors que Moïse a été un grand juste.

Pour aller plus loin :
Le théologien Antoine Nouis reçoit Laurence Belling, protestante réformée, chargée de la catéchèse des jeunes dans son église, pour discuter de Marc 10, 46-52 : https://campusprotestant.com/video/jesus-guerit-laveugle-bartimee/

Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis

Vous pourriez aimer aussi