Foi

Dans un monde qui compte et qui pèse, la foi est la découverte que tout est grâce.
 7 min
15/11/2017 | Théologie

La foi est toujours une histoire d’amour, elle est la reconnaissance que notre vie et notre histoire sont entourées, dans le temps et dans l’espace, par une parole, une présence, une grâce qui nous accueille inconditionnellement et qui nous envoie. La foi est la protestation de l’Évangile contre toutes les obscurités, les idoles et les illusions de notre monde.

Dans la foi comme dans l’amour, je suis ému par les coups de foudre, mais j’ai appris à m’en méfier. Non qu’ils soient mauvais en tant que tel, mais ils restent des illuminations éphémères s’ils ne sont pas relayés par une pratique, une fidélité, une attention quotidiennes. Avec Dieu, comme avec son conjoint, une solide amitié est plus durable qu’une passion qui brûle tout sur son passage.

Une histoire d’amour

La foi est toujours une histoire d’amour, elle est la reconnaissance que ma vie et mon histoire son entourées, dans le temps et dans l’espace, par une parole, une présence, une grâce qui m’accueille inconditionnellement et qui m’envoie.

Notre monde nous fait croire que la valeur d’un homme dépend de ce qu’il fait, de ses diplômes, son métier, sa surface sociale, ses relations, son patrimoine, son agenda, sa famille… nous découvrons que tout est grâce, que seule compte le regard que Dieu porte sur nous et, ô miracle, c’est un regard d’accueil et de bienveillance ! Devant Dieu, nous n’avons rien à prouver, nous pouvons alors déployer notre vie.

La confession de foi d’Israël, qui est le premier commandement de l’évangile, dit : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. Derrière les mots cœur, âme et pensée, nous entendons une relation qui concerne la totalité de notre personne, nos sentiments, mais aussi notre réflexion, nos mains, nos pieds, notre temps, nos rêves…

Une parabole de la foi

Dans l’évangile de Luc, dix lépreux crient à Jésus d’avoir pitié d’eux. Jésus les envoie vers le prêtre et le texte dit qu’en chemin, il arriva qu’ils furent purifiés. Sur les dix, neuf se précipitent chez le prêtre pour faire enregistrer leur guérison, mais le dixième s’arrête, regarde à ce qui vient de se passer, réfléchit, et fait demi-tour pour rendre grâces à Jésus. Jésus s’étonne de n’en trouver qu’un sur dix pour avoir cette démarche de gratitude. Il lui dit alors : ta foi t’a sauvé ! Dans cet épisode, la foi réside dans le simple fait d’ouvrir les yeux sur les événements d’une journée… et de rendre grâce.

Nous avons tous été traversés dans notre vie par des moments de grâce, visités par le beau et le bien. Qu’en avons-nous fait ? La démarche de foi consiste à y répondre par la gratitude.

Les nuits de la foi

La foi est tout sauf quelque chose d’évident. Parfois, il arrive que notre compréhension de Dieu se brouille, que la pratique religieuse devienne répétitive, que le chemin passe par la vallée obscure de la sécheresse. Il existe des nuits de la foi, de ces temps où nous devons accepter de cheminer avec une faible lumière. Les mystiques ont tous connu des nuits terribles, mais ils disent aussi que c’est dans ces périodes de sécheresse et d’obscurité que la foi, si faible soit-elle, se montre la plus limpide, car elle ne repose plus sur aucun appui humain, raisonnable ou sensible, elle est un acte pur de confiance en Dieu.

François Mauriac a dit : Dans le doute, il faut choisir d’être fidèle. Même dans l’obscurité, nous pouvons choisir la fidélité à cause de ce que nous avons vu dans la lumière, parce qu’on ne se trompe jamais de choisir l’humilité, de demeurer dans la confiance, de rester les mains ouvertes, de se laisser conduire sur le chemin du plus grand amour. Il n’est pas de nuit sans étoiles, même si elles sont cachées, il n’est pas de nuit qui ne donne naissance à un nouveau jour.

La foi est la dignité de l’humain qui refuse de réduire son univers à ce que ses sens perçoivent. La foi est la protestation de l’évangile contre toutes les obscurités, les idoles et les illusions de notre monde.

Un apologue

Pour terminer, une histoire. Dans un roman qui raconte le testament d’un des derniers combattants du ghetto de Varsovie, Yossel Rakover, s’adresse à Dieu, le personnage principal raconte une histoire : Quand j’étais jeune, mon rabbi m’a maintes fois raconté l’histoire d’un Juif qui, avec sa femme et leur enfant, a fui l’inquisition espagnole. Il a pris la mer à bord d’un petit bateau, et réussi malgré la tempête à gagner un îlot rocailleux. Là, un éclair foudroie sa femme. Puis une tornade emporte l’enfant dans les flots. Seul, malheureux comme les pierres, les mains levées vers le ciel, le Juif s’adresse à Dieu : Dieu d’Israël, j’ai fui jusqu’ici pour pouvoir te servir librement, pour observer tes commandements et sanctifier ton nom. Mai toi, tu fais tout pour m’empêcher de croire en toi. Cependant, si tu penses réussir à me détourner du droit chemin par ces épreuves, je te crie : Tu en seras pour ta peine. Tu as beau m’offenser et me fustiger, je croirai toujours en toi.

La foi comme protestation.

Production : Fondation Bersier
Texte : Antoine Nouis
Présentation : Gérard Rouzier

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