La fugue de Jésus

Le texte que nous méditons cette semaine est le seul qui rapporte un événement de la vie de Jésus entre sa naissance et le commencement de son ministère 30 ans plus tard. Explications du théologien Antoine Nouis.

26.12.2021 : Luc 2. 40-52 – Jésus au temple

La fugue de Jésus

Introduction

Le texte que nous méditons est le seul qui rapporte un événement de la vie de Jésus entre sa naissance et le commencement de son ministère 30 ans plus tard.

Ce silence sur sa vie à Nazareth jusqu’à l’âge de trente ans (Lc 3.23) laisse un vide qui a été comblé par les évangiles apocryphes. Nous devons respecter la discrétion des évangiles canoniques et nous souvenir que les évangiles ne sont pas une biographie, mais une bonne nouvelle et qu’ils ne parlent pas de ce qui n’est pas essentiel pour la compréhension de cette bonne nouvelle.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Titre : le pèlerinage

Jésus a grandi à Nazareth, mais l’événement se situe à Jérusalem. La famille de Jésus a l’habitude de monter dans la ville sainte tous les ans pour la fête de la Pâque. Le voyage qui se vit en caravane met quatre à cinq jours pour aller jusqu’au temple, une façon de se souvenir de l’exode.

Le pèlerinage relève de la spiritualité du judaïsme qui, dans ses célébrations, a l’habitude de théâtraliser les grands événements pour mieux les intérioriser.

Titre : Le symbole des nombres

L’épisode se situe lorsque Jésus a douze ans, ce qui est proche de l’âge où l’enfant atteint sa majorité religieuse. Jésus est dans l’âge où on commence à poser des questions. Le récit fonctionne un peu comme une étape dans l’enfance de Jésus au cours de laquelle il accède à la responsabilité.

Ce message se retrouve dans le fait que Jésus est retrouvé par ses parents le troisième jour. Dans la Bible, trois est le chiffre de Dieu. Encore une façon d’évoquer symboliquement la rupture de ce récit qui dit un Jésus qui est passé de l’autorité de ses parents à celle du Seigneur.

Pistes d’actualisation

1er thème : Il grandissait en sagesse

Le premier et le dernier verset de notre passage disent que Jésus grandissait en sagesse. Le verset 40 dit qu’il était remplissant de sagesse (le verbe est au participe présent) et le verset 52 qu’il progressait en sagesse. Ces deux versets font une inclusion qui inscrit le passage dans ce thème.

Selon le proverbe, le commencement de la sagesse est la crainte du Seigneur (Pr 1.7, Ps 111.10), mais la sagesse est aussi la récapitulation de toutes les qualités que Dieu a données aux humains : le bon sens, le discernement, l’intelligence des gens et des choses, la mesure… Les évangiles parlent de la sagesse de Jésus dans la parabole de l’homme qui construit une tour (Lc 14.28), mais aussi dans la façon dont il a répondu aux religieux qui voulaient lapider la femme adultère où à sa remarque sur Dieu et César qui a pris une valeur proverbiale.

La sagesse est l’association de la parole juste et du juste moment où il faut la dire.

2e thème : Jésus écoutait et interrogeait

Lorsque les parents de Jésus le retrouvent dans le temple, il est assis au milieu des maîtres les écoutant et les interrogeant. L’écoute et la question sont les deux fondements de l’étude dans le judaïsme. Il ne suffit pas d’apprendre un enseignement, il faut aussi le questionner pour se l’approprier.

À propos de la spiritualité du questionnement, un sage contemporain raconte : « Un de mes amis a obtenu le prix Nobel de physique. Quand je lui ai demandé comment il était parvenu à un tel résultat, il a répondu. « Quand j’étais enfant, mes parents ne m’interrogeaient jamais sur mes notes à l’école, ils me demandaient toujours : As-tu posé quelques bonnes questions aujourd’hui ? » ».

3e thème : Jésus et sa famille

Lorsque la mère de Jésus dit à Jésus : Ton père et moi nous te cherchions avec angoisse, Jésus répond avec une certaine insolence : Ne savez-vous pas que j’ai à faire chez mon père ? Il y a là un conflit de paternité entre le père humain et le père divin. Devenu adulte dans le domaine religieux, le père de Jésus n’est plus celui qui l’a élevé et qui lui a appris son métier, mais le Seigneur. Heureusement pour les familles humaines, la fin du passage évoque une autre relation lorsqu’il dit que Jésus était soumis à ses parents (v.51).

Cette tension rappelle les deux versets qui évoquent la relation d’un adulte à ses parents dans le Premier Testament : L’homme quittera son père et sa mère et : Tu honoreras ton père et ta mère. Jésus est à la fois dans la revendication de sa liberté et dans l’honneur qu’il doit à ses parents.

Une illustration

Lorsque Jésus répond à ses parents qu’il a à faire chez son père, le texte dit qu’ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait (v.50).

L’incompréhension par rapport à Jésus se retrouve chez les disciples dans cet évangile. Quand Jésus leur annonce la croix : Ils n’y comprirent rien ; le sens de cette parole leur restait caché ; ils ne savaient pas ce que cela voulait dire (18.34, voir 9.45). Une partie de l’évangile échappe à notre compréhension naturelle ou à notre sagesse, c’est pourquoi nous avons besoin de nous mettre à l’écoute de ce que disent les Écritures.

Lorsqu’à la fin de l’évangile, Jésus retrouvera des disciples sur le chemin d’Emmaüs, le texte dit qu’il leur ouvre l’intelligence pour comprendre les Écritures (24.45). Nous devons entendre que nous aussi avons besoin de laisser notre intelligence être éclairée par les paroles de l’Évangile.

Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis

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