La gloire et la croix

Le deuxième dimanche du carême propose à notre méditation le récit de la transfiguration de Jésus. Il nous rappelle que le Christ qui monte à Jérusalem pour y être crucifié est aussi celui qui est totalement transparent à la présence de Dieu.

13.03.2022 : Luc 9.28-36 – Transfiguration de Jésus

La gloire et la croix

Introduction

Si le premier dimanche du carême propose à notre méditation le récit de la tentation de Jésus au désert, le deuxième est le récit de la transfiguration. Il nous rappelle que le Christ qui monte à Jérusalem pour y être crucifié est aussi celui qui est totalement transparent à la présence de Dieu. La croix n’est pas simplement une erreur judiciaire et une énorme injustice, elle nous dit la façon dont Dieu se donne pour le monde : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique (Jn 3.16).

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Titre : la montagne

Jésus monta sur une montagne pour prier. Dans l’évangile de Luc, Jésus était déjà monté sur la montagne pour prier toute la nuit avant de choisir les douze apôtres alors qu’il se préparait à prononcer son grand sermon au pied de la montagne (Lc 6.12). Dans la Bible, la montagne joue souvent le même rôle que le désert, c’est le lieu où l’on se retire pour se rapprocher de Dieu.

La grande référence est le mont Sinaï où Moïse a reçu la Torah. Quand il est redescendu de sa rencontre avec Dieu le livre de l’Exode dit que la peau du visage de Moïse rayonnait. Le parallèle fait de ce récit un événement aussi important que le don de la Torah !

Titre : Ses vêtements devinrent d’une blancheur éclatante

Le rayonnement du visage de Jésus et la blancheur éclatante de ses vêtements sont des phénomènes qui évoquent la présence visible du Seigneur. On dit d’une personne amoureuse qu’elle rayonne, il y a une lumière dans son regard qui dit son amour. Par analogie, Jésus rayonne de la présence de Dieu car à ce moment de l’évangile il est parfaitement transparent à la lumière. À ce moment il est l’exemple le plus achevé de la démarche de foi, il est totalement habité par le Seigneur.

Pistes d’actualisation

1er thème : Moïse et Élie

Jésus s’entretenait avec Moïse et Élie à propos de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. Si Jésus monte à Jérusalem, c’est pour y être crucifié, dans le récit qui précède, il vient d’annoncer sa passion.

Dans le Premier Testament, Moïse et Élie représentent la loi et les prophètes, c’est-à-dire toute la première alliance. Le message de ce récit s’inscrit dans une perspective qui commence avec la loi, se poursuit avec les prophètes et s’achève au Golgotha. La révélation de la première alliance trouve son accomplissement dans la montée de Jésus à Jérusalem et la croix. Tout le message de la Bible culmine dans la montée au Golgotha.

2e thème : Parallèle du baptême

De la nuée survint une voix : Celui-ci est mon Fils, celui qui a été choisi. Écoutez-le ! Ce verset rappelle une autre voix qui s’est fait entendre au moment du baptême de Jésus : Tu es mon Fils bien-aimé ; c’est en toi que j’ai pris plaisir.

Ce parallèle dresse un parallèle entre la Transfiguration et le baptême. Au baptême, c’est le moment où Jésus devient un humble pèlerin qui se fond dans la foule des hommes qui se font baptiser par Jean qu’il est déclaré Fils bien-aimé. À la transfiguration, c’est lorsque Jésus vient d’annoncer sa passion qu’il est traversé par la lumière de Dieu.

Dans les deux cas, c’est lorsque Jésus est le plus homme qu’il est le plus déclaré Fils bien-aimé.

3e thème : L’incompréhension des disciples

En proposant à Jésus de dresser trois tentes, Pierre montre qu’il ne comprend rien à l’événement. Il veut se fixer sur l’événement, ritualiser l’expérience, alors que le récit est une parole qui désigne autre chose, la présence de Dieu aux côtés de son fils dans sa montée à Jérusalem.

Pierre ne comprend rien, mais il a des excuses. Lors des deux autres annonces de la passion, le même verset sera cité : Les disciples ne comprenaient pas cette parole ; elle était voilée pour eux (Lc 9.45, voir 18.34). Le fait que le Christ, celui qui est totalement transparent à Dieu soit en même temps le crucifié, celui qui est totalement rejeté, est en dehors de leur entendement. Cette idée n’appartient pas à leur croyable disponible.

C’est ainsi que nous pouvons interpréter le verset dans lequel Jésus leur dit : Ne parlez à personne de cette vision jusqu’à ce que le Fils de l’homme se soit réveillé d’entre les morts. Le sens du récit de la Transfiguration ne leur est pas accessible tant qu’ils n’ont pas intégré la réalité de la croix.

Une illustration

Un apophtegme des Pères du désert raconte : « On disait d’abba Sisoès que, lorsqu’il fut sur le point de mourir, alors que les Pères étaient assis auprès de lui, son visage brilla comme le soleil. Il leur dit : ″Voici que des anges viennent me prendre et je les supplie de me laisser faire un peu pénitence.″ Les vieillards lui disent : ″Tu n’as pas besoin de faire pénitence, Père.″ Mais le vieillard leur dit : ″En vérité, je n’ai même pas conscience d’en être au commencement.″ »

Au moment où des anges viennent le chercher, on pourrait croire que Sisoès est arrivé au terme de son parcours spirituel, et pourtant il a encore besoin de se repentir, c’est pourquoi son visage rayonne de la gloire de Dieu.

Pour aller plus loin :
Le pasteur Antoine Nouis reçoit Christine Pedotti, écrivain, journaliste et directrice de la rédaction de Témoignage Chrétien, pour discuter de Luc 9, 28-36 : https://campusprotestant.com/video/la_transfiguration/

Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis

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