La mise en pratique de l’Évangile

Cette séquence prolonge le passage que nous avons médité la semaine dernière qui insistait sur l’amour des ennemis et l’éthique de la non-violence.

27.02.2022 : Luc 6.39-45 – Le sermon dans la plaine (3)

La mise en pratique de l’Évangile (2)

Introduction

Cette séquence prolonge le passage que nous avons médité la semaine dernière qui insistait sur l’amour des ennemis et l’éthique de la non-violence.

Devant cette exigence, on peut être tenté de considérer que les recommandations de l’Évangile ne sont pas pour nous et qu’elles relèvent de l’utopie. Pour contrer cette dérive, les versets que nous lisons insistent sur la mise en pratique des enseignements de Jésus.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Titre : Les paraboles

Ces quelques versets présentent trois paraboles : l’aveugle qui conduit un aveugle, l’arbre et ses fruits, la paille et la poutre. Cela nous donne l’occasion de nous arrêter sur ce mode de communication que Jésus utilise de façon prioritaire et même systématique si on entend le verset qui dit qu’il ne disait rien sans paraboles (Mt 13.34).

Le propre du langage parabolique est qu’il ne repose pas sur des impératifs, mais il laisse à chacun le soin de l’interpréter dans sa propre situation. Il ne commande pas mais invite à se poser des questions : Quel est mon regard ? Quels sont mes fruits ? Où en suis-je par rapport au jugement de mon prochain ?

Titre : Devenir comme Jésus

Tout disciple bien formé sera comme son maître. En disant cela à ses disciples, Jésus les invite à devenir comme lui. Devenir comme Jésus, cela ne signifie pas de l’imiter de façon servile, mais de cultiver ce qu’il nous a transmis par son exemple. Dans les évangiles, il a cultivé les relations avec son Père pour vivre une vie que je qualifierai par trois mots : la liberté, le courage et l’amour. Il a fait preuve de liberté par rapport aux religieux de son époque, il a fait preuve de courage pour vivre sa liberté jusqu’au bout en transigeant jamais avec la vérité et il a fait preuve d’amour en mettant toujours le prochain et particulièrement le petit à la première place.

Pistes d’actualisation

1er thème : Parabole des deux aveugles

Un aveugle peut-il guider un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous deux dans une fosse ? Ce qui est la parabole la plus courte de l’évangile, deux phrases. Elle s’adresse particulièrement aux apôtres. Jésus leur rappelle qu’ils ne pourront éclairer personne s’ils ne commencent pas par être lumineux eux-mêmes.

De nos jours, elle concerne particulièrement les responsables religieux, les prédicateurs et les enseignants. Sans vouloir en faire des modèles impeccables en toutes choses, ils ne pourront conduire leur troupeau que s’ils vivent quelque chose de l’Évangile.

Pour ne pas être un aveugle soi-même, le contexte du sermon dans la plaine propose un programme : Être capable de non-violence, ne pas juger son prochain, vivre l’Évangile, être généreux.

2e thème : Parabole de la paille et de la poutre

Cette parabole est une des plus connues de l’Évangile tant elle est juste. Nous sommes tellement plus rapides à déceler le moindre fétu dans l’œil de notre prochain qu’à nous observer nous-mêmes.

Une poutre dans un œil ? Si on essaye de visualiser l’image, elle a une dimension comique, outrancière, démesurée. Jésus force le trait pour nous forcer à nous regarder nous-mêmes dans notre façon de juger notre prochain

C’est le combat de toute une vie de retirer les différentes poutres qui encombrent notre regard. Si j’arrive au terme de ce combat, je pourrais alors m’occuper de la paille qui est dans l’œil de mon frère, mais ce jour-là, je ne la verrai plus, car mon propre regard ne verra en lui que l’enfant chéri de Dieu.

3e thème : Parabole de l’arbre et des fruits

Cette sentence est plus une comparaison qu’une parabole.

Pour nous aider à être un bon arbre, nous pouvons poser la question suivante : Comment cultiver la qualité de la terre qui nourrit notre arbre : Quelles activités, quelles rencontres, quelles lectures suscitent en nous de bons fruits (de la paix, de la patience, de la joie et de la bienveillance) ; et quelles activités, quelles rencontres, quelles lectures suscitent plutôt des mauvais fruits ; des épines et des piquants ?

Ce discernement personnel joue aussi au niveau spirituel. Certaines personnes, certains mouvements prétendent agir au nom de l’Esprit saint. Il convient d’observer les fruits qui sont produits. Si ce sont des fruits de guérison, de paix et de liberté, nous pouvons y voir l’esprit du Christ, mais si ce sont des fruits de division, de dépendance et d’enfermement, alors l’arbre n’est pas bon.

Une illustration

À propos de la paille et de la poutre, un sage raconte. À 20 ans, je n’avais qu’une seule prière : « Mon Dieu, aide-moi à changer le monde, ce monde insoutenable, invivable, d’une telle cruauté, d’une telle injustice. » Et je me suis battu comme un lion. Au bout de 20 ans, peu de choses avaient changé. Quand j’ai eu 40 ans, je n’avais qu’une prière : « Mon Dieu, aide-moi à changer ma femme, mes enfants, ma famille. » Et je me suis battu comme un lion pendant 20 ans sans résultats. Maintenant que je suis un vieil homme, je n’ai qu’une prière : « Mon Dieu, aide-moi à me changer », et voilà que le monde change autour de moi.

Pour aller plus loin :
Le pasteur Antoine Nouis reçoit Christine Pedotti, écrivain, journaliste et directrice de la rédaction de Témoignage Chrétien, pour discuter de Luc 6, 39-45 : https://campusprotestant.com/video/la_paille_et_la_poutre/

Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis

Vous pourriez aimer aussi