La parole a été faite chair

Le prologue de l’évangile de Jean est une autre façon de parler de Noël, non pas sous une forme narrative, mais en s’arrêtant sur le sens de l’événement.

25.12.2021 : Jean 1.1-18 – Le prologue de Jean

La parole a été faite chair

Introduction

Au commencement. Si les évangiles de Matthieu et de Luc commencent par la naissance de Jésus, Marc commence par la prédication de Jean et le quatrième évangile par une méditation sur le thème de l’incarnation.

Le prologue de l’évangile de Jean est une autre façon de parler de Noël, non pas sous une forme narrative, mais en s’arrêtant sur le sens de l’événement.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Titre : La parole à l’origine de toutes choses

Au commencement était la Parole. Dans la philosophie grecque, le mot parole (logos) évoque à la fois la parole et la raison, l’intelligence et la logique. Il va bien au-delà de la parole comme moyen de communication pour évoquer la Parole en ce qu’elle dit une vérité essentielle sur celui qui parle. La grande nouvelle de l’Évangile est que la parole est Dieu. Cette parole qui est à l’origine de toutes choses, par laquelle tout est venu à l’existence, est devenue chair. Elle est venue nous rencontrer à travers l’image d’un bébé qui naît dans l’hygiène douteuse d’une étable, menacé par la jalousie d’un tyran.

Titre : La lumière et les ténèbres

Par la parole on trouve la vie et la vie est la lumière des humains. Nous entendons bien dans cet enchaînement que la parole est plus qu’une succession de mot, que la lumière est plus que ce qui se mesure en lumens et que la vie dont il est question ici est plus grande que sa simple dimension biologique.

L’association Parole-Lumière-Vie parle d’une réalité divine qui met de la vérité dans nos mots, de clarté dans notre existence, et qui fait élargit notre compréhension de la vie.

Pistes d’actualisation

1er thème : En elle était la vie : un évangile de vie

Dans le Premier Testament, la vie est l’objet d’un commandement fondateur : J’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta descendance (Dt 30.19). Écouter la Parole, vivre la Parole, habiter la Parole, sont autant de façons de choisir la vie.

L’Évangile dont parle Jean est un évangile de vie, qui porte la vie, qui fait grandir la vie. Toute parole qui n’est pas porteuse de vie n’est pas une parole d’Évangile. La vie devient un critère de discernement, quand on est devant un choix difficile, on peut toujours se demander quelle la solution qui apporte le plus de vie. En sachant que la vie est plus que l’existence biologique, elle est décrite ici en termes de parole et de lumière.

Si je veux être témoin de cet évangile, je suis appelé à mettre de la vie dans ma journée, dans mon travail, dans mes paroles, dans mes relations.

2e thème : Les siens ne l’ont pas accueillie

En venant dans le monde, la parole est venue chez elle, mais ajoute le texte : les siens ne l’ont pas accueillie. La fin de l’évangile nous rappelle que non seulement elle n’a pas été accueillie, mais qu’elle a été niée, piétinée et que celui qui la portait a été crucifié. Peut-on refuser la vie ? Oui ! Si aujourd’hui, notre monde accepte peu l’Évangile, on peut se consoler en se disant que c’était annoncé.

Aujourd’hui encore, Dieu accepte de ne pas être accueilli. Il est le mendiant qui reste à la porte de notre maison en attendant qu’on lui ouvre pour le laisser entrer et faire sa demeure chez nous.

3e thème : Elle a fait sa demeure parmi nous

La Parole est devenue chair, elle a fait sa demeure parmi nous. Elle a planté sa tente parmi nous. Dire que le logos est devenu chair et qu’il a fait sa demeure parmi nous revient à dire que le principe fondateur, créateur du ciel et de la terre, a quitté le domaine éternel pour entrer dans une fragilité soumise aux limites du temps et de l’espace.

Cette annonce donne une valeur incroyable à notre propre vie. Nous savons que notre vie est fragile, précaire, contradictoire, mais pour Dieu elle est suffisamment digne pour qu’il quitte son ciel pour venir partager notre existence.

Nous retrouvons dans ce verset le mouvement de l’hymne aux Philippiens : Lui qui était vraiment divin, il ne s’est pas prévalu d’un rang d’égalité avec Dieu, mais il s’est vidé de lui-même en se faisant vraiment esclave, en devenant semblable aux humains ; reconnu à son aspect comme humain, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à la mort – la mort sur la croix (Phi 2.6-8).

Une illustration

Le père de l’Église Jean Chrysostome s’interroge sur le verset qui dit que la parole était au commencement auprès de Dieu. Il s’interroge pour savoir comme en tant que fils, il peut être aussi ancien que le père. Il répond par une image : « Le rayon de soleil nous est-il envoyé par le soleil lui-même, ou vient-il d’ailleurs ? Bien que le rayon émane du soleil, nous ne dirons jamais que celui-ci est antérieur à celui-là ; car le soleil n’a pas existé un seul instant sans émettre ses rayons. Sous ce rapport, il n’existe donc pas de différence entre le Fils et le Père ; et dès lors, l’un n’est pas antérieur à l’autre ; ils sont coéternels. » Dès le début de l’évangile de Jean, on ne peut dire le Fils sans le Père, de même qu’on ne peut dire le Père sans le Fils.

Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis

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