La radicalité du non-jugement

Le récit de la femme adultère, présent dans l'Evangile de Jean, a suscité des débats sur son authenticité depuis l'Antiquité. Cela dit, si des scribes ont pris la liberté de l’insérer dans l’évangile, c’est qu’il est pour eux authentiquement fidèle à la personne de Jésus.

03.04.2022 : Jean 8.1-11 – La femme adultère

La radicalité du non-jugement

Introduction

Le statut de ce texte est curieux, car il ne fait probablement pas partie de la première rédaction de l’évangile. Il est omis dans plusieurs manuscrits et dans d’autres il est situé à une place différente. Enfin son style est différent de celui du reste de l’évangile. Cela dit, si des scribes ont pris la liberté de l’insérer dans l’évangile, c’est qu’il est pour eux authentiquement fidèle à la personne de Jésus. Comme l’a dit le bibliste Maurice Goguel : « S’il n’y avait, par hasard, qu’un seul texte authentique dans le Nouveau Testament, ce serait celui-là. »

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Titre : Les religieux et les femmes

Alors que Jésus est dans le temple en train d’enseigner, les scribes et les pharisiens amènent une femme surprise en adultère.

Dans la Torah, il est écrit que si une femme et un homme sont surpris en délit d’adultère, ils doivent être mis à mort, mais l’homme n’est pas là, les religieux ont dû le laisser partir.

Dans l’histoire, les religieux hommes ont souvent eu du mal avec le féminin. Une femme adultère cumule tout ce qui fait fantasmer les hommes. Qu’y a-t-il dans le cœur des religieux pour qu’ils s’acharnent sur cette femme ? Qu’est-ce que cela dit sur leur rapport au féminin ? Il faut ajouter que si elle a été surprise en adultère, elle doit être courtement vêtue, ce qui ajoute à son humiliation.

On ne sait rien de cette femme, de son histoire et des circonstances qui l’ont conduit à l’adultère. Pour les religieux, elle n’est pas une personne, mais un objet qu’on jette et qui va être l’occasion de poser un piège à Jésus.

Titre : Le piège posé

Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes : toi donc, que dis-tu ? Puisque Jésus se présente comme un maître qui enseigne, les religieux lui demandent de se positionner par rapport à la loi de Moïse. On peut se demander pourquoi ils ont choisi le passage le plus sévère. Dans la Torah, le Seigneur s’est aussi présenté comme le Seigneur compatissant et clément…qui conserve sa fidélité jusqu’à la millième génération et qui pardonne la faute, la transgression et le péché (Ex 34.6-7).

En choisissant le verset le plus sévère, les religieux posent un piège. Soit Jésus justifie la mise à mort et il est discrédité auprès de la foule, soit il s’élève contre la loi de Moïse et il perd toute autorité pour enseigner dans le temple.

Les religieux n’en ont rien à faire de la femme, elle n’est qu’un objet pour mettre Jésus en difficulté. Si l’adultère est défini comme l’usage illégitime du corps d’une femme, les religieux sont en plein adultère.

Pistes d’actualisation

1er thème : La non-violence en action

Au début du texte, Jésus enseignait assis. Quand il est interrogé sur la femme, le texte dit qu’il s’abaisse encore.

Dans une dispute théologique, on cherche à s’élever pour prendre l’ascendant sur son interlocuteur. Jésus au contraire s’abaisse pour déplacer le débat. En termes de communication, son attitude qui est l’inverse de celle attendue est un contre-pied qui déplace la question.

En s’abaissant, Jésus se met au niveau de la femme. Son attitude est à l’image de son ministère au cours duquel il a toujours cherché à entrer en communion avec le plus bas, le plus rejeté, le plus méprisé des humains.

En s’abaissant, Jésus met en pratique l’enseignement du sermon sur la montagne qui dit de ne pas s’opposer au mauvais (Mt 5.39). Nous pouvons entendre de ne pas répondre au mauvais avec les armes du mauvais. Il a formalisé son attitude lorsqu’il a déclaré : Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s’élèvera sera abaissé, et qui s’abaissera sera élevé (Mt 23.12-13).

2e thème : L’appel à la conscience

En demandant à celui qui est sans péché de jeter la première pierre, Jésus ramène l’adultère à un péché comme les autres. Souvent l’Église a traité différemment le péché qui touche à la sexualité en en faisant le péché par excellence. Dans la Bible, l’adultère est un péché, mais au même titre que l’orgueil, la convoitise, l’avarice, la colère ou le jugement.

Par sa question, il déplace le débat de la femme aux accusateurs. Qui sont-ils pour juger ? Les religieux se sentaient protégés par le groupe qui condamnait la femme, Jésus les oblige à sortir de l’anonymat pour les renvoyer à leur conscience.

Enfin nous pouvons relever que le seul qui pouvait condamner Jésus était Jésus qui, selon la tradition était sans péché, mais son évangile n’est pas centré sur l’accusation, mais sur le pardon.

3e thème : Justice restaurative

Les religieux étaient dans une démarche de justice punitive, et Jésus de justice restaurative. Son premier souci n’est pas la sanction, mais le relèvement de la fautive.

Pour restaurer la femme, Jésus prononce la parole de pardon : Moi non plus, je ne te condamne pas. L’exhortation à ne plus pécher est précédée par l’annonce du pardon.

Étymologiquement, le sens premier du mot péché est échec et plus spécifiquement échec à atteindre la cible. En disant ne pèche plus, Jésus ne fait pas une leçon de morale à la femme adultère, il l’invite à redécouvrir la vraie vocation de sa vie.

Jean Vanier a écrit : « Pardonner, c’est aimer les gens tels qu’ils sont et leur révéler leur beauté, cachée derrière les murs qu’ils ont construits autour de leurs cœurs. »

Une illustration : le sage appelé à juger

Un apophtegme des Pères du désert raconte que, dans une communauté, un frère avait commis une faute et qu’il devait être jugé. Pour être sûrs d’être le plus juste possible dans leur jugement, les frères sont allés chercher abba Moïse qui était considéré comme un grand saint, particulièrement proche de Dieu. Dans un premier temps, abba Moïse a refusé, mais le responsable de la communauté a insisté. Alors le Père s’est levé, il est allé chercher une corbeille percée, l’a remplie de sable et l’a emportée sur son dos. « Pourquoi fais-tu cela ? » ont demandé ceux qui étaient venus le chercher. « Mes péchés coulent à flots derrière moi et je ne les vois pas, et je viens aujourd’hui pour juger les fautes d’autrui. » Ayant entendu cette parole, les anciens pardonnèrent au frère qui avait fauté.

Pour aller plus loin :
Le pasteur Antoine Nouis reçoit Christine Pedotti, écrivain, journaliste et directrice de la rédaction de Témoignage Chrétien, pour discuter de Luc 15, 1-3 et 11-35 https://campusprotestant.com/video/jesus_et_la_femme_adultere/

Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis

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