10.10.2021 : Marc 10.17-30 – Jésus et le jeune homme riche

Les richesses en impasse

Introduction

Dans sa montée à Jérusalem, Jésus aborde les différents points de la vie chrétienne qu’il relit à la lumière de la croix. La semaine dernière, nous avons abordé la question de la conjugalité, dans ce récit, la rencontre avec un homme riche lui donne l’occasion de prolonger son enseignement sur l’argent et les richesses.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Titre : Le riche, un paroissien modèle

Le riche qui ses présente à Jésus est un homme exemplaire. Il est riche, il obéit à tous les commandements, il est concerné par la question de son salut et il n’hésite pas à s’agenouiller aux pieds de Jésus. Comme riche, il est dans la maîtrise de sa vie, il veut aussi être dans la maîtrise de son salut… c’est là qu’il va se trouver en échec.

Titre : L’humour de Jésus

Les Pères de l’Église ont souligné que dans les évangiles, on voyait Jésus pleurer, mais on ne le voyait jamais rire. Peut-on penser que lorsqu’aux noces de Cana, il a changé l’eau en bon vin alors que l’assemblée avait déjà bien bu, il soit resté triste et sérieux ? Quand il parle d’une poutre dans un œil, d’une passoire à filtrer les chameaux tout en laissant passer les moucherons et d’un chameau qui essaye de passer par le trou d’une aiguille, on voit qu’il sait manier l’humour. Par cette comparaison humoristique, il nous dit quelque chose de très sérieux sur le caractère totalitaire de l’argent.

Pistes d’actualisation

1er thème : La logique de l’argent

Si l’homme riche se trouve en impasse, c’est qu’il est prisonnier de son argent, ce qui l’empêche d’être disponible pour l’Évangile. Il faut dire que l’argent et l’évangile obéissent à deux logiques qui sont en tous points contradictoires.

La dynamique de l’Évangile est un appel au don, au partage et à la gratuité alors que la logique de l’argent est celle de l’accumulation, de l’achat et de la vente au meilleur prix. Entre les deux démarches, la contradiction est irréductible. L’Évangile accentue cette opposition en donnant un nom à l’argent, Mamon (Personne ne peut servir deux maîtres… vous ne pouvez servir Dieu et Mamon : Mt 6.24), ce qui revient à l’inscrire dans le registre du démoniaque.

Le démoniaque, c’est ce qui prend possession de notre liberté et tout le thème de ce passage est bien la tension entre la liberté et les richesses.

2e thème : Un disciple en impasse

Lorsqu’il demande au riche de donner tous ses biens, Jésus utilise la même démarche que lorsqu’il radicalise les commandements dans le sermon sur la montagne quand il déclare que celui qui s’est mis en colère est un assassin et que celui a convoité une femme dans son cœur a commis un adultère.

En radicalisant le commandement, Jésus met ses interlocuteurs en impasse pour les sortir de leur propre justice. Une fois qu’il est clair qu’on n’est pas juste, nous pouvons entendre l’appel à vivre par la grâce et à se poser la question : comment être disciples malgré ses colères, ses désirs troubles et ses richesses.

3e thème : Que faire de nos richesses ?

À nous qui sommes riches, la grande question que pose ce texte est celle de notre relation à l’argent. Quelles sont les richesses qui sont un frein dans notre service du Christ ? On dit habituellement que l’argent est un bon serviteur et un mauvais maître, le problème est que lorsque nous voulons en faire notre serviteur, il a tendance à devenir notre maître.

Puisque nous sommes sur le chemin qui le conduit à la croix, nous pouvons relever que celui qui a tout donné et qui s’est fait pauvre est le Christ lui-même : Lui qui était riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que, vous, par sa pauvreté, vous deveniez riches (2 Co 8.9). C’est parce qu’il n’avait rien, qu’il a enrichi le monde comme personne, c’est parce qu’il a tout donné qu’il est devenu le sauveur du monde.  Comme le dit une liturgie : Tu t’es abaissé et tu nous as élevés, tu t’es fait pauvre et tu nous as enrichis, tu as été prisonnier et tu nous as libérés.

Une illustration : Des richesses au centuple.

Lorsque Jésus se retrouve seul avec ses disciples, il console ses disciples en leur disant : Amen, je vous le dis, il n’est personne qui ait quitté, à cause de moi et de la bonne nouvelle, maison, frères, sœurs, mère, père, enfants ou terres, et qui ne reçoive au centuple, dans le temps présent, maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres. Maître Eckhart a expliqué ce verset de la façon suivante : « J’ose dire que celui qui, pour Dieu et pour la Bonté, laisse son père et sa mère, son frère, sa sœur ou quoi que ce soit, reçoit le centuple de deux façons. La première est que son père, sa mère, son frère et sa sœur lui deviennent cent fois plus chers qu’ils ne l’étaient auparavant. La seconde est que non seulement cent parmi les êtres humains, mais tous les êtres humains, du seul fait qu’ils sont des êtres humains et des gens, lui deviennent incomparablement plus chers que ne lui sont naturellement chers son père, sa mère ou son frère. »

Pour aller plus loin :
Le théologien Antoine Nouis reçoit Laurence Belling, protestante réformée, chargée de la catéchèse des jeunes dans son église, pour discuter de Marc 10, 17-30 : https://campusprotestant.com/video/jesus-et-lhomme-riche/

Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis