L’éthique paradoxale de l’Évangile

Le texte que nous méditons cette semaine, l'évangile de Luc, chapitre 6, versets 27 à 38, développe une éthique de la non-violente. Explications du théologien Antoine Nouis.

20.02.2022 : Luc 6.27-38 – Le sermon dans la plaine (2)

L’éthique paradoxale de l’Évangile

Introduction

Ces quelques versets développent une éthique de la non-violente. Martin Luther King a dit : « C’est sur la non-violence que nous serons jugés. L’homme fort est celui qui est capable de se dresser pour la défense de ses droits sans rendre les coups. » Nous trouvons ici le programme de l’homme fort. Même si nous n’avons pas cette force, nous devons la considérer comme un objectif à atteindre.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Titre : La règle d’or

Ce que vous voulez que les gens fassent pour vous, faites-le pareillement pour eux. Ce verset évoque ce qu’on appelle la règle d’or qui repose sur un principe universel de réciprocité, si bien qu’on la trouve dans de nombreuses écoles de sagesse. La sagesse de l’Évangile s’inscrit donc dans la sagesse universelle ce qui est un point sur lequel on peut entrer en dialogue avec les autres religions et les autres traditions de sagesse.

Généralement cette règle est formulée de façon négative : « Ne fais pas à ton prochain ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse… », alors que Jésus la formule positivement : « Fais à ton prochain ce que tu voudrais qu’il fasse pour toi. » C’est la différence entre une morale passive : « Ne fais pas le mal », et active : « Fais le bien. »

Telle qu’elle est formulée par Jésus, elle nous invite à interroger nos désirs et à les exaucer pour notre prochain. Tu veux être aimé, aime ; tu veux être écouté, écoute ; tu veux être honoré, honore ; tu veux être aidé, aide ton prochain. Finalement elle rejoint le grand commandement : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

Titre : le plus de la foi

Un verset désarmant est celui qui dit : Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment. Si vous faites du bien à ceux qui vous font du bien, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs eux-mêmes en font autant. Si c’est pour aimer ceux qui nous aiment et faire du bien à ceux qui nous font du bien, nous n’avons pas besoin de l’évangile, les pécheurs eux-mêmes en font autant.

L’évangile n’est pas un petit vernis de spiritualité qui viendrait apaiser notre âme inquiétée, c’est une conversion de notre vie, un changement radical pour reprendre les termes de la prédication de Jésus. Ce changement s’applique à nos relations avec ceux qui nous aiment et ceux qui ne nous aiment pas, ceux qui nous font du bien et ceux qui nous font du mal.

C’est ce que nous allons voir dans les pistes de prédication.  Pour cela, j’ai choisi trois versets.

Pistes d’actualisation

1er thème : Aimez vos ennemis

La parole qui nous appelle à aimer nos ennemis est un oxymore, une contradiction dans les termes : si c’est mon ennemi, je ne l’aime pas et si je l’aime, ce n’est plus mon ennemi. Peut-être est-ce là le but de cet aphorisme : de faire de mon ennemi un ami.

Le commandement d’amour ne dépend pas des personnes que nous sommes appelés à aimer, il est. Comme le dit Paul dans son hymne à l’amour : Il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout.

Ce commandement fait changer notre compréhension de l’amour. Il ne s’agit pas d’avoir un élan de sympathie car on n’a aucune sympathie pour nos ennemis, l’amour est ce que nous entreprenons pour aider nos ennemis à grandir. Aimer son ennemi, c’est l’élever jusqu’au moment où, peut-être, il ne sera plus notre ennemi.

2e thème : Bénissez ceux qui vous maudissent

Si je ne peux trouver mon ennemi sympathique, je peux toujours le bénir et prier pour lui. La prière et la bénédiction ne sont pas des questions de sentiment, mais de volonté.

Jim Wallis qui est responsable d’un mouvement pacifiste chrétien a dit à propos de la prière pour les ennemis : « La prière est une nécessité. Sans elle nous ne considérons que notre propre point de vue, notre propre justice et nous ignorons la perspective de nos ennemis. La prière renverse ces distinctions… elle transforme les ennemis en amis. Quand nous avons porté nos ennemis dans la prière, il devient difficile de maintenir l’hostilité préalable à la violence. En les approchant de nous, la prière nous protège de nos ennemis. Ainsi la prière s’oppose à la propagande de ceux qui nous invitent à haïr et à craindre nos ennemis. »

3e thème : À celui qui te frappe sur la joue droite, tends la gauche

Pour frapper un homme sur la joue droite, il faut le faire du revers de la main, ce qui est une forme d’humiliation. En lui tendant l’autre, on refuse l’attitude victime et on invite l’autre à comprendre que sa violence le mène dans une impasse.

Le mot important de ce verset est autre. Comme pour la loi du talion, on n’est pas obligé d’interpréter ce verset à la lettre, mais d’entendre ce à quoi il nous invite. Lorsqu’on nous frappe, notre réaction première est de répondre à la violence par la violence. Le disciple doit chercher une autre réponse que celle de la violence.

Paul a résumé les différentes recommandations de ce sermon dans le verset qui dit : Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien (Rm 12.21).

Une illustration

Martin Luther King a été un des grands témoins qui a essayé de vivre la non-violence. À propos de l’amour des ennemis, il précise : « Pour ma part, je suis heureux que Jésus n’ait pas dit. Ayez de la sympathie pour vos ennemis, parce qu’il y a des personnes pour lesquelles j’ai du mal à avoir de la sympathie. La sympathie est un sentiment d’affection et il m’est impossible d’avoir un sentiment d’affection pour quelqu’un qui bombarde mon foyer. Il m’est impossible d’avoir de la sympathie pour quelqu’un qui m’exploite. Non, aucune sympathie n’est possible envers quelqu’un qui jour et nuit menace de me tuer. Mais Jésus me rappelle que l’amour est plus grand que la sympathie, que l’amour est une bonne volonté, compréhensive, créatrice, rédemptrice, envers tous les hommes. Et je pense que c’est là que nous nous situons en tant que peuple, pour la justice sociale. Dans cette lutte, nous ne reculerons jamais, mais jamais dans notre action, nous n’abandonnerons le privilège que nous possédons, celui d’aimer. »

Pour aller plus loin :
Le pasteur Antoine Nouis reçoit Christine Pedotti, écrivain, journaliste et directrice de la rédaction de Témoignage Chrétien, pour discuter de Luc 6, 27-38 : https://campusprotestant.com/video/aimer_ses_ennemis_/ 

Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis

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