L’Évangile du verre d’eau

Les disciples ne supportent pas qu’un homme guérisse au nom de Jésus sans faire partie du groupe des disciples. Le Christ répond en développant l’évangile du verre d’eau : « Quiconque vous donnera à boire une coupe d'eau parce que vous appartenez au Christ, amen, je vous le dis, il ne perdra jamais sa récompense. »
 8 min
20/09/2021 | Bible

26.09.2021 : Marc 9.38-48 – Les causes de chute

L’Évangile du verre d’eau

Introduction

Après avoir appelé ses disciples à l’accueillir comme un enfant, les disciples n’ont toujours pas compris car ils ne supportent pas qu’un homme guérisse au nom de Jésus sans faire partie du groupe des disciples. Ils essayent de l’en empêcher, ce qui représente la première des disputes théologiques qui ont ravagé l’Église au long de son histoire.

Jésus répond en développant l’évangile du verre d’eau : « Quiconque vous donnera à boire une coupe d’eau parce que vous appartenez au Christ, amen, je vous le dis, il ne perdra jamais sa récompense. »

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Titre : L’Église et la secte

Les disciples disent : « Celui qui n’est pas pour nous et contre nous », alors que Jésus dit : celui qui n’est pas contre nous est pour nous. C’est toute la différence entre la secte et l’Église. La secte rejette tout ce qui n’est pas elle alors que l’Église accueille avec un regard favorable tout ce qu’il y a de positif dans l’humain.

Ce verset rend hommage à ceux qui font le bien sans faire partie d’une Église.

Titre : L’occasion de chute

Jésus poursuit son enseignement en appelant à ne pas être une occasion de chute pour un petit. Le verbe utilisé est skandalizô qui a donné scandale en français. Le skandalon est la pierre qui est sur le chemin, l’obstacle qui fait chuter.

Jésus précise qu’il vaut mieux perdre une main ou un œil que de faire chuter un petit.

Pistes d’actualisation

1er thème : Exorciste, un chrétien anonyme ?

Jésus répond à la proposition des disciples d’empêcher ceux qui n’agissent pas au nom du Christ en proclamant l’évangile du verre d’eau.

On trouve à l’extérieur de l’Église des humains qui font œuvre de compassion et qui parfois honorent plus le Christ que les disciples. Le monde n’est pas à rejeter dans les ténèbres car on trouve en son sein des humains qui ne sont pas disciples, mais qui ne perdront pas leur récompense.

Dans Les frères Karamazov, Dostoïevski raconte l’histoire d’une vieille et méchante femme qui, une fois dans sa vie, donne un oignon à un mendiant. Quand la femme meurt et va en enfer, un ange descend et s’approche d’elle, un petit oignon à la main. La femme s’y agrippe, et c’est ainsi qu’elle échappe à l’enfer.

2e thème : Couper la main : la radicalité de l’accueil

L’évangile du verre d’eau s’oppose à l’évangile de la main coupée et de l’œil arraché qui est le signe d’une radicalité extrême.

L’évangile de Jésus appelle à une radicalité, mais c’est la radicalité de l’accueil et de la protection du petit. Les disciples doivent se couper la main chaque fois que leur main juge et condamne.

Une légende raconte qu’un jour Jésus se promenait avec ses disciples et ils voient un chien mort au bord de la route. Les disciples disent : « Que cette charogne est horrible » et Jésus répond : « Que ses dents sont blanches ! » Il voulait enseigner à ses disciples une conversion du regard pour exercer leurs yeux à voir le bien.

3e thème : Le petit comme clef de discernement

Le pire, c’est de faire chuter le petit que Jésus place au cœur de l’éthique du disciple. Dans chaque situation, on peut se demander qui est le petit qu’il ne faut pas faire chuter. C’est lui qui devient prioritaire et à partir de lui qu’on doit se comporter.

Dans la parabole du jugement dernier, Jésus a déclaré : « Amen, je vous le dis, dans la mesure où vous avez fait cela pour l’un de ces plus petits, l’un de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25.40).

Une illustration

Dans un de ses livres, Kahil Gibran raconte l’histoire d’un homme qui entreprend un grand voyage pour visiter une ville dans laquelle tout le monde vit selon l’Évangile. Au moment où il entre dans la cité, il s’aperçoit que tous les hommes sont borgnes et manchots. Il interroge les habitants : Est-ce vraiment là la Ville Bénie, où tout le monde vit selon l’Évangile ? Que vous est-il arrivé pour avoir tous perdu l’œil et la main ? Les habitants l’invitent à le suivre et le conduisent jusqu’au temple qui est au centre de la ville. À l’intérieur de ce temple se trouve un amoncellement d’yeux et de mains, tout flétris. Devant la colère du visiteur qui se demande quel ennemi a pu commettre une telle cruauté, les habitants répondent : C’est nous qui avons agi de notre plein gré. Dieu nous a aidés à vaincre le mal qui était en nous. Et de citer le passage de l’évangile que nous méditons. Le visiteur insiste : N’y a-t-il vraiment personne dans votre ville qui ait deux yeux et deux mains ? Les habitants répondent : Seuls ceux qui sont trop jeunes pour lire l’évangile sont entiers. L’histoire se conclut ainsi : Le visiteur s’empressa de quitter la Ville Bénie, car il n’était plus trop jeune et il pouvait lire l’Écriture.

Pour aller plus loin :
Le théologien Antoine Nouis reçoit Laurence Belling, protestante réformée, chargée de la catéchèse des jeunes dans son église, pour discuter de Marc 9, 38-48 : https://campusprotestant.com/video/les-causes-de-chute/

Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis

Vous pourriez aimer aussi