Manger le Christ pour la vie éternelle

Dans l'Evangile de Jean au chapitre 6, Jésus déclare à ses disciples qu'il est le pain de vie qui doit être mangé. Le Christ provoque son auditoire afin qu’il entende la radicale nouveauté apportée par l’Évangile. Explications du théologien Antoine Nouis.
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09/08/2021 | Bible

15.08.2021 : Jean 6.51-58 – Manger le pain, boire le vin

Manger le Christ pour la vie éternelle

Introduction

Ce discours prolonge ce que nous avons vu la semaine dernière. Jésus a une pensée circulaire, il revient sur les mêmes thèmes en les approfondissant.

Le dernier verset de notre séquence nous apprend que le discours sur le pain de vie se teint dans la synagogue de Capharnaüm. C’est dans ce lieu d’enseignement qu’il transmet le message central de l’Évangile : En Christ, le Dieu du ciel et de la terre et entré dans notre humanité jusqu’à se donner, se laisser dévorer pour le salut du monde.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Titre : Le signe de la manne

Dans la Bible, la manne est un signe de libération. Elle est le rappel que Dieu prend soin de son peuple dans son exode et qu’il l’accompagne dans ses marches. Une fois que le peuple est entré en terre promise, le livre de Josué dit que la manne s’est arrêtée (Jos 5.12), lorsque le peuple est passé de l’économie du désert à celle de notre monde.

Jésus évoque ici le retour de la manne, mais il dit que le pain qu’il propose est plus que la manne, puisqu’il n’est pas uniquement une nourriture pour cette vie, mais en vue de la vie éternelle. Le pain du Christ est une nourriture qui nous ouvre à l’éternité de Dieu.

Titre : Le sang dans le Bible

Si vous ne buvez pas mon sang, vous n’avez pas la vie en vous. Le rôle du sang dans la Bible est ambivalent puisqu’il est à la fois source d’impureté et source de salut. Le sang est symbole de mort, c’est pourquoi lorsqu’un humain a été en contact avec le sang, il doit se purifier, mais il est aussi une marque de salut, puisque c’est par le sacrifice animal que l’humain reçoit le pardon de Dieu. L’impureté et le salut sont des signes de mort et de résurrection. La richesse symbolique du sang nous parle de la personne du Christ.

Pistes d’actualisation

1er thème : Une théologie à coup de marteau

Dans le crépuscule des idoles, Nietzsche se proposait de philosopher à coups de marteau pour déconstruire les idoles. En invitant ses interlocuteurs à manger sa chair et boire son sang, on peut considérer que Jésus fait de la théologie à coups de marteau.

Manger la chair, c’est être anthropophage et boire le sang, c’est transgresser un des premiers interdits qu’on trouve dans la Bible. À la sortie de l’arche, Dieu a autorité Noé se nourrir des animaux, mais il a ajouté : « Vous ne mangerez pas de chair avec sa vie, c’est-à-dire avec son sang » (Gn 9.4), sous-entendu parce que la vie ne vous appartient pas. L’interdit de consommer du sang est le fondement des prescriptions alimentaires si importantes pour le judaïsme.

Cette parole de Jésus est parfaitement choquante, et on peut poser l’hypothèse que Jésus l’a prononcée pour provoquer son auditoire afin qu’il entende la radicale nouveauté apportée par l’Évangile.

2e thème : Foi comme demeure

Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, comme moi en lui. Tout au long du quatrième évangile, nous trouvons cette idée de la foi comme demeure. L’image est riche, car elle ne parle pas de la foi en termes de croyance, mais d’habitation. La foi n’est pas une idée, c’est une vie : inscrire son existence en Christ et laisser l’évangile habiter nos journées et nos nuits.

Cette idée est encore renforcée par l’image du pain. Le pain n’est pas une idée, c’est un aliment. La foi ne se présente comme une théorie, mais comme une nourriture qui vient renouveler nos journées.

3e thème : Le sang et le sacrement

À propos du sang qui donne la vie, la référence biblique est le sang que les Hébreux ont badigeonné sur les linteaux de leurs portes pour être protégés lors de la dixième plaie. À propos de ce récit, un commentaire pose une question qui peut éclairer notre rapport au sacrement. Il se demande si le sang a été badigeonné à l’intérieur ou à l’extérieur des portes. La réponse la plus immédiate est que c’est à l’extérieur, puisque le sang est le signe qui permet que les maisons des Hébreux soient épargnées. Mais un autre commentaire dit que c’est l’intérieur des portes, car les anges savaient quelles étaient les maisons des Hébreux et que c’est ces derniers qui avaient besoin du signe pour être rassurés.

Si nous transposons dans notre lecture des sacrements, nous pouvons entendre que nous avons besoin de manger le pain et de boire le vin pour nous assurer que pour nous, le Christ a tout donné.

Une illustration : Le pain de vie comme clef de la multiplication des pains

Dans le quatrième évangile, les signes posés par Jésus sont au service d’une parole.

Les noces de Cana disent que Jésus est la gloire de Dieu, la guérison de l’aveugle dit qu’il est la lumière, le relèvement de Lazare dit qu’il est la résurrection et la vie… Dans cette même veine, la multiplication des pains dit qu’il est le pain de vie.

Ces résonnances nous invitent à ne pas confondre le signe et ce qu’il signifie. L’important dans la multiplication de pains est que le Christ pour notre pain de ce jour, ce dont nous avons besoin pour vivre et pour aimer.

Pour aller plus loin :
Le théologien Antoine Nouis reçoit Michel Barlow, essayiste, romancier et théologien pour éclairer le texte biblique de Jean 6, 51-58 : https://campusprotestant.com/video/pain-de-vie/

Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis

 

 

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