Hospitalité : Une expression de la foi

Quand on frappe à la porte de sa maison, il y a ceux qui ouvrent et ceux qui restent enfermés chez eux.
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20/12/2017 | Théologie

Le mot hôte est intéressant en français, car il est double : il signifie à la fois celui qui reçoit et celui qui est reçu. Cette ambivalence est pleine de sens, car elle induit que l’accueillant et l’accueilli sont le revers et l’avers d’une réalité unique qui est celle de la rencontre. L’hospitalité est une attitude d’ouverture, d’accueil et de générosité.

Dans les Métamorphoses d’Ovide, Zeus et Hermès sont descendus sur terre pour tester l’hospitalité des humains. Ils se sont déguisés en vagabonds et ont demandé partout où ils allaient de quoi se restaurer et un lieu pour se reposer. Personne ne voulut les recevoir jusqu’au jour où ils ont frappé à la porte d’une modeste cabane, la demeure de Philémon et Baucis qui les ont accueillis avec chaleur et bienveillance. En récompense de leur hospitalité, l’homme et la femme ont reçu le privilège de ne pas être séparés par la mort : ils ont poussé leur dernier soupir en même temps et ont été transformés en un chêne et un tilleul dont les branches sont restées emmêlées pour l’éternité.

En référence à cette légende, Germaine Tillion disait dans une émission de télévision que le monde se divisait en deux : quand on frappe à la porte de sa maison, il y a ceux qui ouvre leur porte et ceux qui restent enfermés chez eux : « Les Grecs, poursuivait-elle, disaient déjà qu’il fallait ouvrir quand ont venait frapper chez vous, parce que, comment savoir si le vieux clochard qui empuantit alors votre jardin n’est pas en réalité un dieu venu vous visiter ? »

L’accueil des anges

Le mot hôte est intéressant en français, car il est double : il signifie à la fois celui qui reçoit et celui qui est reçu. Cette ambivalence est pleine de sens, car elle induit que l’accueillant et l’accueilli sont le revers et l’avers d’une réalité unique qui est celle de la rencontre. Comme dans tout partage, les rôles pouvant s’inverser… plusieurs fois. Lorsque l’épître aux Hébreux dit : Pratiquez l’hospitalité ; car en l’exerçant, quelques-uns ont logé des anges, elle évoque cette inversion. Celui qui reçoit se trouve au bénéfice d’une grâce de la part de celui qui est reçu.

Abraham et l’hospitalité

La tradition raconte que c’est à cause des mérites d’Abraham que le peuple a été libéré de l’Égypte et que la nuée l’a guidé dans le désert. Quel acte d’Abraham a été suffisamment puissant pour susciter la libération ?

Est-ce parce qu’il a quitté le pays des idoles pour obéir à une parole de Dieu ? Non.

Est-ce parce qu’il a intercédé pour Sodome ? Non plus.

Alors peut-être parce qu’il était prêt à sacrifier son fils unique, Isaac ? Pas plus.

L’acte le plus méritant d’Abraham, c’est quand il a invité sous sa tente trois hommes de passage aux chênes de Mamré. On peut se demander en quoi cet acte, un simple geste d’hospitalité habituel chez les nomades, est aussi méritant ? La réponse est que c’est justement dans l’ordinaire que se sont jouées la vérité et la profondeur de la foi d’Abraham.

La foi au quotidien

Le verset qui récapitule la vie d’Abraham dit mot à mot : « Les jours des années de la vie qu’Abraham vécut furent de cent soixante-quinze ans. » Un commentaire s’est demandé pourquoi il est écrit les jours des années et pas seulement les années ? Il a répondu que, lorsqu’Abraham s’est présenté devant Dieu, tous ses jours étaient avec lui, il n’en manquait pas un. Dans la Bible, Abraham est mort à cent soixante-quinze ans et Dieu lui a parlé sept fois. Sept fois en cent soixante-quinze ans, cela fait une fois tous les vingt-cinq ans ! Et pourtant, c’est avec tous ses jours qu’il s’est présenté devant Dieu. Les sept jours pendant lesquels Dieu lui a parlé et les soixante mille jours pendant lesquels Abraham a vécu la fidélité et l’hospitalité au quotidien.

L’évangile du verre d’eau

De nos jours, les pratiques ont changé et il est rare que, dans nos villes et nos immeubles, quelqu’un demande l’hospitalité, c’est pourquoi l’exigence d’ouverture, d’accueil et de générosité doit être actualisée. L’hospitalité rejoint ce que le philosophe Emmanuel Levinas a appelé la petite bonté qui est une attitude d’ouverture et d’accueil antérieure à toute doctrine ou théologie. On en trouve un exemple dans cet enseignement de Jésus : Quiconque donnera à boire ne serait-ce qu’une coupe d’eau fraîche à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis, il ne perdra jamais sa récompense. L’évangile du verre d’eau est le partage humble et modeste d’une présence amicale qui permet de mettre tout simplement un peu de douceur et d’amitié dans notre monde.

Une illustration

Pour terminer une citation. Un maître du judaïsme, le Rav Kook a expliqué que parallèlement au verset du Psaume qui dit à Dieu : Combien tes œuvres sont grandes ! on devrait dire : Combien tes œuvres sont infimes ! De même que l’on perçoit la grandeur divine dans les grandes pensées philosophiques et dans les superbes embrasements d’amour et de foi, on peut aussi la rencontrer dans les plus petits détails de la vie quotidienne.

Production : Fondation Bersier
Texte : Antoine Nouis
Présentation : Gérard Rouzier

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