Noces de Cana : la subversion de la religion

Dans le premier chapitre de l’évangile de Jean, Jésus est désigné comme la Parole, l’agneau de Dieu, le messie et le fils de Dieu. Tous ces titres peuvent être interprétés de différentes façons.

16.01.2022 : Jean 2.1-11 – Jésus aux noces de Cana

La subversion de la religion

Introduction

Dans le premier chapitre de l’évangile de Jean, Jésus est désigné comme la Parole (1.14), comme l’agneau de Dieu (1.36), comme le messie (1.41) et comme le fils de Dieu (1.49). Tous ces titres peuvent être interprétés de différentes façons. L’évangile en précise le sens à travers le premier signe posé : l’eau transformée en vin, un bon vin, un vin abondant.

Points d’exégèse

Attention sur deux points.

Titre : Le commencement des signes

Tel fut le commencement des signes que Jésus posa. Le quatrième évangile est organisé autour de sept signes qui sont autant d’affirmations cardinales sur le Christ.

Le mot commencement est le premier de l’évangile de Jean (Au commencement était la parole), il évoque ce qui est premier dans tous les sens du terme, premier chronologiquement, mais aussi premier dans le registre du sens. Le quatrième évangile dit que le signe de Cana est le programme des signes que Jésus est venu poser pour annoncer son évangile.

Titre : L’eau et le vin, le temple et Cana

Un signe n’est pas important en soi-même, mais par ce qu’il désigne. Dans ce domaine, nous devons mettre ce texte en relation avec l’épisode qui suit qui est l’expulsion des marchands du temple.

Le temple s’inscrit dans la même catégorie que les jarres de purification qui contenait l’eau qui a été transformée en vin. Il représente une religion qui repose sur le rite : pour être en règle avec Dieu, il faut accomplir le bon rite au bon endroit. C’est cette compréhension que Jésus a fait exploser en changeant l’eau en vin et en chassant les marchands du temple.

L’évangile qu’il annonce ne repose pas sur les gestes qu’il faut faire ou ne pas faire, c’est un évangile qui appelle à la fête et à la vie.

Pistes d’actualisation

1er thème : Le rôle de Marie

On ne peut lire ce texte sans s’arrêter au rôle singulier joué par Marie. Lorsqu’elle attire l’attention de Jésus sur le problème, elle se fait renvoyer, pourtant elle renvoie les serviteurs à son fils en le forçant à intervenir. D’une certaine façon on peut dire qu’elle le met au monde une seconde fois. Après lui avoir donné la vie, elle l’accouche à son ministère.

Des commentaires ont souvent mis ce texte en opposition avec l’attitude de Marie qui, dans les évangiles synoptiques, a cherché à ramener Jésus à la maison lorsqu’elle a compris qu’il était en danger.

Ces deux récits sont contradictoires, mais c’est la contradiction de toutes les mères de famille qui d’un côté veulent que leur fils accomplisse sa vocation et qui d’un autre côté ont peur pour lui.

2e thème : Sens de la prière

Marie, comme une bonne maîtresse de maison, a vu avant tout le monde que la fête risquait de mal tourner. Lorsqu’elle va trouver Jésus, elle ne lui dit pas ce qu’il doit faire, elle ne dit : « Est-ce que tu ne pourrais pas changer l’eau en vin ? », elle lui expose la situation : Ils n’ont plus de vin. Ensuite, elle se tourne vers les serviteurs pour leur demander d’accomplir ce que Jésus leur dira.

Ce passage évoque les deux temps de la prière. Présenter une situation au Christ, puis agir pour mettre en pratique les paroles de l’Évangile.

3e thème : Le signe du vin

Le vin peut être une malédiction lorsqu’il est le signe de l’homme seul qui est prisonnier de son addiction. Mais dans notre récit, le vin est celui de la fête qui célèbre une noce, et en plus il est abondant – cinq jarre de plus cent litres chacune – et il est bon.

Les noces de Cana disent un évangile de fête. Pas un évangile petit, coincé, ratatiné, mais un évangile qui célèbre la fête de la vie.

À tous ceux qui ont la religion triste, il faut rappeler que le premier signe posé par Jésus a conduit à l’ivresse les convives d’un banquet de noces.

Et pour finir un détail. Le marié a-t-il su qu’il a été au bénéfice d’un miracle incroyable ? Peut-être pas. La grâce, c’est Dieu qui nous bénit parfois à notre insu.

Une illustration : La révélation de l’évangile

Marie a conduit Jésus à poser le signe qui sera la marque de son évangile.

Les commentaires ont mis ce récit avec la rencontre de Jésus avec la femme cananéenne qui l’a conduit à comprendre que son évangile pouvait déborder les cadres du judaïsme pour s’élargir aux étrangers, au monde entier.

Dans les deux cas, c’est une femme qui a conduit Jésus à aller jusqu’au bout de son évangile. En répondant à l’invitation des noces de Cana, Jésus ne s’est pas dit : « Aujourd’hui, je vais leur montrer le sens de mon évangile ». Quand la femme étrangère lui a demandé de libérer sa fille, Jésus ne s’est pas dit : « Ça tombe bien c’est aujourd’hui que je voulais élargir ma compréhension de l’Évangile. » Dans les deux cas, quelque chose d’essentiel de l’Évangile en chemin, à travers une interpellation et une rencontre. L’Évangile se révèle dans le quotidien de nos rencontres et de nos conversations.

Pour aller plus loin :
Le pasteur Antoine Nouis reçoit Christine Pedotti, écrivain, journaliste et directrice de la rédaction de Témoignage Chrétien, pour discuter de Jean 2, 1-11 : https://campusprotestant.com/video/les-noces-de-cana/

Production : Fondation Bersier
Intervenant : Antoine Nouis

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