Pasteur

Le pasteur est un ministre, un serviteur de la parole ; c’est aussi un homme, une femme d’écoute.
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22/02/2018 | Théologie

Pour le professeur André Dumas, « le pasteur est une araignée qui tisse les fils d’une toile qui voudrait unir la Parole de Dieu à la terre entière. » Dans son ministère de la parole, le pasteur fait advenir l’Église. Dans son ministère d’écoute, il est le témoin d’un évangile de grâce et de vie.

Soeren Kierkegaard raconte dans son journal la parabole des oies. Certaines oies sont sauvages, elles fréquentent le ciel, voyagent, sont libres. D’autres oies sont domestiques, elles n’ont jamais quitté leur enclos et finissent sur l’étal du boucher. Il compare le pasteur à une oie sauvage qui reste auprès des oies domestiques pour essayer de les ensauvager.

Un pasteur est un homme, une femme, de la parole et de l’écoute.

Dans son ministère de la parole, le pasteur fait advenir l’Église. Pour les réformateurs, il y a Église lorsque l’évangile est proclamé et les sacrements administrés. Ce qui fait l’Église, ce n’est pas une institution, mais un événement : la proclamation de l’Évangile.

Un pasteur n’est pas un homme, une femme, qui prêche tous les dimanches, c’est un ministre qui prêche tous les dimanches devant la même assemblée, qui prêche plusieurs centaines de fois devant les mêmes personnes. C’est dire qu’au bout d’un certain temps, un pasteur est responsable de la maturité spirituelle de la communauté dont il a la charge. Luther était un travailleur acharné – il a publié plus de 600 titres – cela ne l’a pas empêché d’écrire : « La Parole doit agir et non pas nous, pauvres pécheurs. Je veux la prêcher,  je veux la dire, je veux l’écrire. Mais seule la parole doit œuvrer et elle le fait quand je dors et quand je bois de la bière avec mes amis. »  La tâche du pasteur, c’est dire la parole, vivre l’évangile… et boire de la bière avec ses amis, car il n’est qu’un serviteur inutile.

Si le pasteur est un ministre de la parole, c’est aussi un homme, une femme de l’écoute. L’écoute est une ascèse, car elle exige le silence intérieur. Une oreille attentive permet à la parole d’advenir. Dans son témoignage de la traversée de l’épreuve, un malade a dit : « Au moment où le sentiment de ma radicale impuissance submergeait ma vie, il m’est arrivé de vivre des rencontres qui m’aidaient à tenir la tête hors de l’eau. Il s’agissait toujours de personnes qui acceptaient de rester auprès de moi en consentant à l’ascèse décapante de leur apparente inutilité. C’était précisément dans cette pauvreté partagée qu’un lien pouvait s’établir et que la vie se remettait circuler en moi. » Devant un deuil ou un grand malheur, le pasteur n’est ni gourou, ni médecin, ni psychologue, il est tout simplement présent. Sa présence est inutile, mais elle n’est pas vaine.

Les deux dimensions de l’écoute et de la parole sont liées. Dans l’évangile de Marc, Jésus déclare : « Prenez garde à ce que vous entendez. C’est avec la mesure à laquelle vous mesurez qu’on mesurera pour vous. » Ce verset s’applique particulièrement aux pasteurs. Ils seront écoutés à la mesure de leur propre écoute. S’il a des oreilles grandes ouvertes à la Parole et s’il la reçoit comme une parole de vie, alors l’Évangile traversera sa propre parole et il aura plus de chance d’être entendu.

André Dumas a écrit : « la vie pastorale est une longue route, comme on parle d’un long mariage, où le prix de toujours travailler dans le domaine humain et spirituel se paie en usure comme en grâce, où certains jours on préférerait avoir affaire avec la nature plus tangible des objets, et où d’autres jours on est heureux de voir se lever ce qui a été semé à tout vent. Le pasteur est une araignée qui tisse les fils d’une toile qui voudrait unir la Parole de Dieu à la terre entière. »

Pour terminer, je voudrais vous lire le témoignage d’un pasteur : « Je me souviens d’un dimanche matin : j’étais debout devant la table de sainte cène, entouré d’un cercle d’hommes et de femmes qui se passaient le pain et la coupe avec parfois une parole de bénédiction, parfois un sourire, parfois un simple regard pudique. Je regardais ces visages, j’en connaissais un bon nombre. Il y avait un couple au bord de la rupture, mais ils étaient côte à côte. Un homme dont j’avais enterré la mère quelque temps auparavant. Une femme qui cherchait un emploi, et je savais que, dans son pays d’origine, plusieurs vivaient sur ses revenus. Une autre qui se battait contre son cancer. Il y avait quelques anciens fidèles, solides, enracinés, des piliers, et puis des étudiants, les yeux pleins d’espérance, des visiteurs que je ne connaissais pas et des occasionnels qui restaient sur le seuil de l’Église. Alors que je portais tout ce cercle d’hommes et de femmes dans ma prière, j’ai été saisi d’une certitude : Je faisais le plus beau métier du monde. »

Production : Fondation Bersier
Texte : Antoine Nouis
Présentation : Gérard Rouzier

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