Qu’est-ce que le mariage à la lumière de l’Evangile ?

Le modèle du couple est cette alliance que Dieu a tissé avec les humains. Un agir de Dieu non pour dominer mais pour servir et aimer. Aucune soumission dans la couple, mais un vis-à-vis l’un pour l’autre.
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27/08/2021 | Bible

L’un ou l’autre ? L’un et l’autre comme prétendent certains ? Léo et Lydia Lehmann nous emmènent aujourd’hui en couple dans une réflexion sur les relations dans le mariage à la lumière de l’Évangile du Christ.

Pour offrir une réponse chrétienne à cette question, il ne suffit pas de citer quelques passages bibliques à propos du mariage. Il faut s’assurer de la cohérence de notre propos avec l’ensemble du texte biblique, avec le message de l’Évangile.

Le mariage de deux êtres transformés

Qu’est-ce que le mariage vécu à la lumière de l’Évangile ?

Le mariage chrétien, cela commence avec deux personnes transformées par Christ et prêtes à se laisser encore transformer. Leurs regards se portent avant tout sur Christ, pas sur leur propre confort, succès, carrière, ou je ne sais quoi d’autre. Leurs regards se portent sur Jésus qui s’est abaissé, qui a lavé les pieds de ses disciples, et qui est mort sur une Croix pour que tous et toutes puissent être sauvé.e.s.

Ces réalités de notre vie en Christ, où il n’y a plus ni homme ni femme, doivent façonner le regard que nous posons sur les textes plus spécifiques à propos des relations entre hommes et femmes. L’homme comme la femme sont avant tout disciples de Christ.

Une alliance d’amour

Avec cette réalité en tête, quel mode de relation adopter dans le mariage ? Deux personnes, appelées à vivre ensemble, entreprendre des projets, peut-être accueillir des enfants. Comment vivre tout cela ?

À propos du mariage, la Bible emploie la notion d’alliance. Celle-ci met en avant l’idée de partenariat entre deux personnes, mais elle est surtout employée à propos des relations entre Dieu et son peuple.

L’alliance entre Dieu et son peuple est une alliance d’amour. Une alliance dans laquelle Dieu écoute son peuple, lui fait part de ses projets, tient compte de ses demandes, cherche son bien. Une alliance dans laquelle il se met au service de ce peuple, allant jusqu’à la Croix pour le sauver.

Dans Éphésiens 5 l’apôtre Paul tirera explicitement un parallèle entre ces deux types de relations : celle qui unit Dieu et son peuple, ou Christ et son Église, et celle qui unit un homme et une femme.

La comparaison a bien sûr des limites. La femme est bel et bien humaine comme l’était le peuple d’Israël, mais l’homme est lui aussi fait de cette même pâte. Il n’est pas Dieu. Dans l’alliance avec son peuple, Dieu investit une sagesse, une puissance et un amour qui dépassent tout entendement, alors que le peuple n’a souvent que ses échecs et sa foi défaillante à offrir. L’alliance du mariage, elle, met en présence deux êtres humains limités, avec leurs forces et leurs faiblesses.

Mais que l’on soit homme ou femme, cet exemple de l’agir de Dieu dans l’alliance doit nous inspirer. Si Dieu, dans l’infinie supériorité qui est la sienne, entre ainsi en relation avec les siens non pour dominer, mais pour servir et aimer, cela doit transformer notre vie.

Des rapports hiérarchiques quand même ?

Certains diront : dans ce passage d’Éphésiens 5 auquel nous nous référons, Paul ne parle-t-il pas de soumission de la femme à l’homme ?

Il est vrai que l’homme et la femme n’y reçoivent pas mot pour mot la même exhortation. Quand Paul parle de « soumission » de l’épouse à son mari, il nous faut être prudent quant aux conclusions que nous en tirons. L’apôtre s’exprime dans un contexte culturel où une telle soumission était attendue. Mais s’il parle ici de manière à permettre aux chrétiens de vivre dans les conventions sociales de leur temps à la lumière de l’Évangile, rien ne permet d’assurer qu’il y voyait le fonctionnement naturel qui devait être perpétué à travers tous les temps et toutes les cultures.

Paul déjà donne à réfléchir : même en parlant de soumission de la femme, il n’appelle pas l’homme à la domination, à l’autorité. Il l’appelle à l’amour. Il subvertit le paradigme autorité/soumission.

C’est certain : l’homme doit assumer ses responsabilités dans son foyer, prendre des initiatives pour le bien de la famille, utiliser ses forces au service de celle-ci, valoriser son épouse. Mais cela n’est-il pas vrai de la femme ?

Oui, la femme doit respecter son mari dans l’exercice de ses compétences, le soutenir dans ses défis, être attentive à ce qu’il dit, veiller au bien de chacun dans le foyer… Mais il en va de même pour l’homme.

Dans un monde, voire parfois dans une Église, qui méconnaît le genre d’autorité exercée par Christ, la manière dont il est la tête de son Église, ces textes ont trop souvent servi à préserver des rapports de domination qui trouvent leur origine dans une culture ambiante marquée par le péché, obsédée par le rang et la prééminence.

Soulignons plutôt dans ce passage que Paul appelle tous les chrétiens à la soumission mutuelle, qui contribue à laisser émerger ce qu’il y a de meilleur en chacun.

Un vis-à-vis pour la vie

L’homme et la femme, créés tous les deux à l’image de Dieu, ont reçu, en Genèse 1, la même responsabilité de prendre soin de la terre ainsi que de ceux et celles que Dieu allait leur confier. Ils sont appelés à le faire dans un partenariat où ni l’un ni l’autre n’est placé au-dessus, mais où ils travaillent ensemble, côte à côte, où chacun peut apprendre de l’autre.

En Genèse 2.18 nous lisons : « Il n’est pas bon que l’être humain soit seul. Je vais lui faire un vis-à-vis qui lui corresponde, capable de le secourir. » Dans son livre Qui nous roulera la pierre ?, Joëlle Razanajohary souligne que le terme utilisé est adam (homme, l’être humain).

L’être humain homme ou femme a besoin d’être complété par l’altérité. L’homme est aussi un vis-à-vis pour la femme. La femme aussi est concernée par la solitude et le besoin d’un vis-à-vis.

Joëlle en parle ainsi : « Chacun serait pour l’autre soutien et force, lieu de parole et d’autorité, à la fois équivalence et altérité ! »[1] Ressemblance et différence. Besoin de quelqu’un avec qui dialoguer. Besoin d’une personne en face de laquelle on peut se tenir. Besoin de quelqu’un qui m’équilibre. Pour nous, dans le mariage les deux partenaires sont pleinement responsables des décisions prises ensemble.

Lorsqu’un homme et une femme sortent des rapports de pouvoir et de domination qui marquent notre monde, et qu’ils entrent dans cette relation de partenariat, ils réintègrent en réalité le dessein originel de Dieu pour chaque couple humain.

Pendant plusieurs années nous avons travaillé ensemble, tous deux pasteurs dans la même Église. Nous n’étions pas occupés à savoir qui était le « chef » de l’autre, responsable de « superviser » son travail. Et c’était une véritable richesse de pouvoir compter sur l’autre comme vis-à-vis. C’était un véritable « servir ensemble ». Être vis-à-vis l’un pour l’autre c’est une des plus belles choses qui existent dans une relation, pas seulement dans le couple, mais dans toute expérience relationnelle que nous pouvons avoir en tant qu’être humain.

Mais c’est aussi exigeant. Cela demande de beaucoup discuter, de soumettre nos idées à l’autre. C’est un défi de bien le prendre quand l’autre à des réticences face à nos idées. Un défi aussi d’exprimer ces réticences avec humilité et douceur. Il s’agit aussi d’apprendre à connaître ses compétences et celles de son conjoint, et les limites de ces compétences pour chacun.

En l’autre, en apprenant à vivre ensemble et à le connaître, je découvre aussi une partie de qui je suis.

Conclusion

Hiérarchie ou vis-à-vis dans le mariage ?

À la lumière de l’Évangile, la relation de couple pour des chrétiens ne peut qu’être tissée d’amour, de soumission mutuelle, de respect, de bienveillance, de recherche de ce qui fera grandir l’autre. Elle ne peut qu’être empreinte du respect et de l’attention que nous prêtons les uns aux autres. Tout cela précède toute autre catégorie, qu’elle soit biblique, naturelle ou culturelle, que l’on pourrait importer dans le couple.

Bien souvent, les relations de couple dans un monde défiguré par le mal se sont éloignées de cette réalité. Mais en Christ, à l’image du Dieu qu’il a révélé, par sa grâce et avec les forces qu’il nous donne, nous sommes appelés à retrouver ensemble ce chemin.


Références

[1] Joëlle Sutter-Razanajohary, Qui nous roulera la pierre ?, p. 39.

Coproduction : Campus protestant / Servir ensemble – servirensemble.com
Intervenants : Lydia et Léo Lehmann

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