Non-violence : Une exigence évangélique

L’Évangile est l’annonce d’un Dieu qui s’est laissé écraser par ses ennemis au lieu de les anéantir.
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27/02/2018 | Bible Les mots de la foi

Que l’on considère la non-violence comme une attitude préférable ou impérative, elle est toujours une option qui doit être envisagée en priorité. Il faut du courage, mais aussi de l’imagination et de l’entraînement pour toujours rechercher la réponse la plus pacifique aux situations de conflit dans lesquelles nous sommes impliqués.

Le message central de la révélation évangélique est qu’en Christ, Dieu est venu habiter au milieu des humains et qu’il l’a fait en devenant un homme qui a toujours refusé toute forme de violence.

Il est né dans la fragilité d’une crèche alors qu’il était roi.

Il a été baptisé par Jean alors qu’il détenait le baptême de feu.

Il a résisté à la tentation de manifester la puissance divine quand le diable le provoquait.

Il n’a cessé d’aller à la rencontre des petits les mains ouvertes, avec sa seule parole et sa seule prière.

Il est mort sur une croix, ce qui a été interprété comme la non-violence d’un Dieu qui, au lieu d’anéantir ses ennemis, s’est laissé écraser par eux.

Dans le sermon sur la montagne, l’évangile de Matthieu transforme en commandement l’exemple laissé par Jésus en appelant les disciples à imiter la voie tracée par leur maître.

Dans l’épître aux Romains, lorsque Paul évoque les conséquences pratiques de la foi chrétienne, il le fait dans le chapitre 12 qui se termine ainsi : « Ne rendez à personne le mal pour le mal… Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire… Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. »

Il y a deux façons de comprendre le commandement de non-violence. La première la considère comme une réponse raisonnable aux situations de violence. Dans un conflit, le principe de non-violence appelle à résoudre les antagonismes autrement que par la violence, dans un esprit de dialogue. Lorsque la violence surgit, il peut conduire à refuser le combat afin de faire appel à la conscience et à la sagesse de l’adversaire. On connaît l’histoire des enfants juifs qui ont été accueillis pendant la dernière guerre mondiale sur le plateau du Chambon sur Lignon. En s’engageant dans la voie de l’accueil, les Églises ont conduit certains membres de la police de Vichy à collaborer avec eux plutôt qu’avec la Gestapo en informant les responsables de l’Église des rafles imminentes. Dans cet exemple, l’attitude non-violente a été courageuse et efficace. A posteriori c’était une option raisonnable.

Si elle est toujours courageuse, la non-violence n’est pas toujours efficace et, en d’autres lieux, des hommes ont payé de leur vie l’accueil des réfugiés. Faut-il maintenir l’attitude non-violente lorsque l’adversaire persiste dans sa violence et qu’il devient dangereux ? La réforme radicale a répondu oui, au nom du sermon sur la montagne : l’attitude non-violente est la réponse du disciple du Christ, en sachant qu’elle peut conduire au martyr. Les ennemis de Jésus n’ont pas été émus par son refus de se défendre et ils l’ont crucifié. Pour les Églises pacifistes, l’attitude non-violente n’est pas la conséquence d’un choix raisonnable, mais de l’obéissance évangélique.

Que l’on considère la non-violence comme une attitude préférable ou impérative, elle est toujours une option qui doit être envisagée en priorité. Lorsque Jésus dit : « Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre », le mot important est le mot autre. Une façon de nous inviter à chercher une autre solution que l’attitude violente pour répondre à la violence.

Un des priorités de l’Église devrait être de mobiliser son énergie pour former ses membres à l’action non-violente. La non-violence n’est jamais naturelle : il faut du courage, mais aussi de l’imagination et de l’entraînement pour toujours rechercher la réponse la plus pacifique aux situations de conflit dans lesquelles nous sommes impliqués.

Pour terminer, un apologue.

Deux tribus voisines décident de livrer bataille. Avant d’engager le combat, les deux princes invoquent le même Dieu pour qu’Il leur donne la victoire. Ce dernier les interroge : « Que désirez-vous que je vous donne ? La force divine pour gagner la bataille, ou la sagesse divine pour vivre en ma présence ? » Le premier prince choisit la force et le second la sagesse, ce qui le conduit à déposer les armes. Le premier prince étend son territoire sur les deux tribus. Il a élargi son pouvoir, mais son royaume est traversé par des luttes de clans et des jalousies. Quelques décennies plus tard, il s’effondre de lui-même. Quant à la seconde tribu, celle qui a choisi la sagesse, elle a été soumise par son voisin, mais aujourd’hui encore, chaque matin, dans chaque maison de ce qui a été son territoire, les hommes se lèvent en ouvrant les mains pour accueillir la présence de Dieu sur leur journée.

Production : Fondation Bersier
Texte : Antoine Nouis
Présentation : Gérard Rouzier

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